33 - Muhammad ibn al-Husayn m’a rapporté : Sulaymān ibn Ayyūb m’a rapporté : J’ai entendu ‘Abbād ibn ‘Abbād al-Muhallabī raconter :
« Un homme de Bassora s’était voué à la dévotion, puis s’était tourné vers les biens de ce monde et le pouvoir. Il fit bâtir une demeure imposante, puis ordonna qu’on la garnît de tapis et qu’on l’équipât. Il organisa un banquet, fit préparer des mets et invita les gens. Ceux-ci venaient chez lui, mangeaient, buvaient, contemplaient sa demeure avec admiration, faisaient des invocations, puis repartaient.
Cela dura plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il eût fini de recevoir ses invités. Il s’assit ensuite avec quelques-uns de ses amis les plus proches et leur dit : “Ma joie ⦗43⦘ de posséder cette demeure n’a cessé de croître. J’ai songé à en faire construire une semblable pour chacun de mes enfants. Restez donc quelques jours auprès de moi : je profiterai de votre conversation et vous consulterai sur les demeures que je souhaite bâtir pour eux.”
Ils demeurèrent donc chez lui quelques jours, à se divertir, tandis qu’il leur demandait conseil sur la manière de bâtir pour ses enfants et sur les dispositions qu’il envisageait. Or, un jour, au milieu de leurs divertissements, voici ce qui arriva : ils entendirent une voix venant du fond de la demeure qui disait :
[Mètre basīt]
Ô bâtisseur qui oublies ton trépas,
N’oublie pas ta mort : elle est décrétée
Pour les créatures, même dans la joie et l’allégresse.
Inéluctable, la mort guette celui qui nourrit des espoirs.
Ne bâtis donc pas des demeures que tu n’habiteras pas ;
Reviens à la dévotion, afin que ton péché soit pardonné.
Ses compagnons furent saisis d’une grande frayeur et bouleversés par ce qu’ils venaient d’entendre. Il leur demanda :
— Avez-vous entendu ce que j’ai entendu ?
— Oui, répondirent-ils.
— Ressentez-vous donc ce que je ressens ?
— Que ressens-tu ?
— Par Allah, je ressens un serrement dans mon corps ; je n’y vois rien d’autre que le mal qui va m’emporter.
— Mais non ! Tu vivras et retrouveras la santé !
Il se mit à pleurer, puis se tourna vers eux et dit :
— Vous êtes mes amis intimes et mes frères. Que puis-je attendre de vous ?
— Ordonne-nous ce que tu souhaites que nous fassions pour toi.
Il ordonna alors de répandre les boissons, ce qui fut fait, puis de faire sortir ce qui servait aux divertissements. Il dit ensuite :
“Ô Allah ! Je Te prends à témoin, ainsi que ceux de Tes serviteurs qui sont présents, que je me repens auprès de Toi de tous mes péchés et que je regrette mes manquements durant le répit que Tu m’as accordé. C’est Toi seul que j’implore : puisque Tu m’as guidé, parachève sur moi Ton bienfait en m’accordant de passer les jours qui me restent dans Ton obéissance. Et si Tu me rappelles à Toi, pardonne mes péchés par un effet de Ta grâce envers moi.”
Son état s’aggrava ⦗44⦘ et il ne cessa de répéter : “C’est la mort, par Allah ! C’est la mort, par Allah !” jusqu’à ce qu’il rendît l’âme. Les jurisconsultes considéraient qu’il était mort repentant. »