177 — ‘Īsā ibn ‘Abd Allāh al-Tamīmī m’a rapporté : Ibn Idrīs nous a rapporté : mon père m’a rapporté, d’après Wahb ibn Munabbih, qui a dit :
« Chaque année, durant le pèlerinage, il retrouvait al-Hasan al-Basrī dans la mosquée d’al-Khayf, lorsque les allées et venues avaient cessé et que tous dormaient. Ils étaient entourés de compagnons avec lesquels ils s’entretenaient.
Un jour qu’ils discutaient ainsi avec leurs compagnons, un oiseau arriva dans un bruissement d’ailes et se posa auprès de Wahb, dans le cercle. Il salua, et Wahb — paix sur lui — lui rendit son salut, comprenant qu’il s’agissait d’un djinn musulman.
Wahb lui demanda : “Que désires-tu ?”
— Trouves-tu donc répréhensible que nous prenions place auprès de vous et recueillions votre savoir ? Nombreux sont parmi nous ceux qui transmettent vos enseignements. Nous nous joignons à vous en bien des circonstances : prière, djihad, visite aux malades, funérailles, pèlerinage, petit pèlerinage et bien d’autres encore. Nous recueillons votre savoir et vous écoutons réciter le Coran.
Wahb lui demanda : “Quels sont, parmi les djinns, vos meilleurs transmetteurs ?”
— Ceux qui transmettent les enseignements de ce cheikh, répondit-il en désignant al-Hasan.
Voyant que Wahb ne lui prêtait plus attention, al-Hasan demanda : “Ô Abū ‘Abd Allāh, avec qui parles-tu ?”
— Avec l’un de ceux qui fréquentent nos assemblées.
Lorsqu’ils quittèrent leur assemblée, al-Hasan interrogea Wahb. Celui-ci lui raconta l’histoire du djinn et lui expliqua comment il avait placé les transmetteurs d’al-Hasan au-dessus des autres. Al-Hasan dit alors à Wahb : “Je t’adjure de ne raconter ce ⦗141⦘ récit à personne. Je crains en effet que les gens ne lui donnent un autre sens que le sien.”
Wahb poursuivit : “Je retrouvais ce djinn chaque année durant le pèlerinage. Il me posait des questions et je lui répondais. Une année, il me rencontra alors que j’accomplissais les circumambulations autour de la Kaaba. Lorsque nous les eûmes achevées, nous nous assîmes tous deux dans un coin de la mosquée. Je lui dis : ‘Donne-moi ta main.’ Il me la tendit : elle ressemblait à une patte de chat et était couverte de poils. Puis je passai la main jusqu’à son épaule et y trouvai l’attache d’une aile. Je lui serrai alors la main, puis nous conversâmes un moment. Ensuite, il me dit : ‘Ô Abū ‘Abd Allāh, donne-moi ta main comme je t’ai donné la mienne.’ Je jure par Allah, le Puissant et Majestueux, que lorsque je la lui tendis, il la serra si fort que je faillis pousser un cri. Et il se mit à rire.”
Wahb dit : “Je retrouvais ce djinn chaque année, à l’époque du pèlerinage. Puis je ne le revis plus et pensai qu’il était mort ou avait été tué.”
Wahb demanda aussi au djinn : “Quelle forme de djihad est la meilleure chez vous ?”
— Celui que nous menons les uns contre les autres. »