176 — Ya‘qūb ibn Ibrāhīm ibn Kathīr m’a rapporté : al-Hārith ibn Murra nous a rapporté : ‘Umar ibn ‘Āmir al-Sulamī nous a rapporté :
« Le chef de la police de Mu‘āwiya réprimanda l’un de ses fils au point de le chasser de la maison. Puis il se leva et ferma la porte entre eux, laissant son fils dans la galerie couverte. Le jeune homme, tourmenté par le courroux de son père, ne trouvait pas le sommeil. Alors qu’il était ainsi, une voix appela à la porte : “Ô Suwayd ! Ô Suwayd !”
Le jeune homme dit : “Par Allah ! Il n’y a chez nous aucun Suwayd, ni homme libre ni esclave !”
Un chat noir se glissa alors hors d’un lit que nous avions dans la galerie couverte. Il alla à la porte et demanda : “Qui est là ?”
— C’est un tel.
— D’où viens-tu ?
— D’Irak.
— Que s’y est-il passé ?
— ‘Alī ibn Abī Tālib a été tué. As-tu quelque chose à me donner à manger ? Je suis affamé.
— Non, par Allah ! Ils ont couvert leurs récipients et prononcé sur eux le nom d’Allah. Il reste seulement ici une broche sur laquelle ils ont fait rôtir un peu de viande et où subsistent des résidus de graisse. En veux-tu ?
— Oui.
Suwayd, le chat, revint alors ; la broche était appuyée dans un angle de la galerie. Le jeune homme ferma les yeux. Suwayd prit la broche et la passa à l’autre par cette porte. Celui-ci se mit à en ronger les restes, au point que je l’entendis faire. Puis Suwayd rapporta la broche et la remit contre le mur, dans un angle de la galerie.
Le jeune homme se leva et frappa à la porte de son père jusqu’à le réveiller.
— Qui est là ? demanda celui-ci.
— C’est un tel. Sors me voir !
— Non.
— Il vient de se produire quelque chose de grave !
Son père lui ouvrit. Il dit : “Selle-moi une monture.” On la lui sella, puis il se rendit à la porte de Mu‘āwiya et demanda à être reçu, jusqu’à pouvoir entrer auprès de lui. Il lui raconta ce qui s’était passé.
Mu‘āwiya demanda : “Qui a entendu ⦗140⦘ cela ?”
— Ô Commandeur des croyants ! C’est ton neveu, un tel, qui l’a entendu.
— Est-il avec toi ?
— Oui.
Il le fit entrer et le jeune homme lui raconta ce qui s’était passé. Mu‘āwiya écrivit sur-le-champ, cette nuit même, et il s’avéra que les faits étaient bien tels qu’ils avaient été rapportés. »