98 - Mon père m’a également rapporté, d’après Hishām ibn Muhammad : Farwa ibn Sa‘īd ibn ‘Afīf ibn Ma‘dī Karib nous a informés, d’après son père, qui le tenait de son grand-père, que celui-ci avait dit :
Alors que nous étions auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, une délégation du Yémen vint à lui. Ses membres déclarèrent : « Allah, Puissant et Majestueux, nous a sauvés grâce à deux vers d’Imru’ al-Qays. » Il demanda : « Comment cela ? »
Ils répondirent : « Nous étions partis pour te rejoindre. En chemin, nous avons manqué le point d’eau et sommes restés trois jours sans parvenir à en trouver. À bout de forces, nous nous sommes dispersés au pied d’acacias talh et samur, afin que chacun de nous meure à l’ombre d’un arbre. Alors que nous étions à notre dernier souffle, un homme arriva sur un chameau, le visage voilé de son turban. Lorsque l’un de nous l’aperçut, il se mit à réciter :
[Mètre tawīl]
Quand elles virent que l’abreuvoir était ce qu’elles cherchaient,
Mais que leurs flancs blancs y seraient ensanglantés,
Elles gagnèrent la source située près de Dārij,
Où l’ombre s’étend et dont les algues affleurent.
Le cavalier demanda, voyant notre épuisement : “Qui est l’auteur de ces vers ?” Nous répondîmes : “Imru’ al-Qays.” Il dit : “Par Allah, Imru’ al-Qays n’a pas menti ! ⦗96⦘ Et ce Dārij est tout près de vous.” Nous avons regardé : une cinquantaine de coudées à peine nous en séparaient. Nous nous y sommes traînés sur les genoux et avons trouvé la source telle qu’il l’avait décrite : couverte d’algues sur lesquelles l’ombre s’étendait. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit alors : « Voilà un homme célèbre ici-bas, oublié dans l’au-delà ; honoré ici-bas, sans renom dans l’au-delà. Au Jour de la Résurrection, il viendra avec l’étendard des poètes et les conduira au Feu. »