37 – D’après sa chaîne de transmission, on rapporte que Muʿâwiya s’adressa à un homme juif, des Banû al-Hârith ibn Kaʿb :
– « Connais-tu quelques vers composés par ton père ? »
Il répondit :
– « Lesquels veux-tu entendre ? »
– « Ces poèmes que Quraych lui enviait. »
– « Oui, les voici », dit-il, et il récita :
« Faut-il, comme jadis, égorger le bélier pour une troupe pressée,
ou as-tu jamais entendu qu’un secret confié à moi ait été révélé ?
Mon clan me blâmerait-il quand il descend chez moi,
ou dira-t-on un jour que j’ai fait preuve d’avarice ?
Nous les accueillons d’un visage rayonnant, suivi de la largesse ;
jamais nous ne refusons le moindre bienfait, qu’il soit mince ou abondant. »
Muʿâwiya déclara : « Par Allah, j’y ai meilleur droit que ton père. »
Le Juif répliqua : « Tu mens, par la vie d’Allah ; mon père y a meilleur droit, car il s’y est montré le premier. »
Muʿâwiya s’allongea alors et couvrit son visage de son avant-bras. Al-Walîd ibn ʿUqba et ʿAbd al-Raḥmân ibn Umm al-Ḥakam dirent : « Tais-toi, fils de Juive ! », et l’injurièrent. L’homme répondit : « Cessez vos insultes ; sinon, j’insulterai celui qui est sur le lit. »
Muʿâwiya releva le visage en riant et dit : « Laissez-le ; il ménage mon honneur. » Puis il demanda au Juif : « Votre famille excellait, à l’époque antéislamique, dans la préparation de la harîsa ; qu’en est-il aujourd’hui ? »
– « Ô commandeur des croyants, aujourd’hui nous la préparons encore mieux. »
– « Eh bien, apporte-m’en demain matin. » Muʿâwiya ordonna qu’on lui donne quatre mille (dirhams), et l’homme se retira.
Al-Walîd et ʿAbd al-Raḥmân s’écrièrent : « Il t’a menti, et tu le récompenses ! »
Muʿâwiya répondit : « C’est vous qui l’avez mérité pour lui : vous l’avez insulté, et j’ai voulu ôter la rancœur de son cœur. »
Le lendemain matin, il revint avec la harîsa.