31 – Par une autre chaîne de transmission, il rapporta ceci : Shaddâd ibn Aws faisait partie de ceux qui s’étaient écartés de Muʿâwiya. Muʿâwiya lui dit alors : « Lève-toi et prononce un sermon. » Shaddâd se leva, loua Allah, Le glorifia et invoqua la bénédiction sur le Prophète – paix et bénédiction sur lui –, puis déclara :
« Sachez que la vie d’ici-bas n’est qu’un bien éphémère dont se nourrissent aussi bien le vertueux que le dévoyé, tandis que l’au-delà est une promesse certaine sur laquelle statuera un Roi tout-puissant. Sachez que tout le bien, dans son intégralité, se trouve au Paradis, et que tout le mal, dans son intégralité, se trouve dans le Feu. “Quiconque fait le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque fait le poids d’un atome de mal le verra” (S. 99, v. 7-8). Qu’Allah me pardonne ainsi qu’à vous. ⦗32⦘
Dans une autre version, Muʿâwiya dit à Shaddâd ibn Aws : « Lève-toi et prêche. » Shaddâd déclara :
« Louange à Allah, qui a prescrit la louange à Ses serviteurs et dont l’agrément auprès des gens pieux prime celui de toute créature ; c’est sur ce principe qu’avancèrent les premiers, et c’est ainsi que marcheront les derniers. Ô gens ! Sachez que l’au-delà est une promesse véridique où jugera un Souverain tout-puissant, tandis que ce monde est un terme imminent dont se nourrissent le juste et l’inique. Celui qui écoute et obéit à Allah n’aura aucun grief à formuler, alors que celui qui écoute puis Lui désobéit n’aura aucun argument à présenter.
Lorsque Allah – exalté soit-Il – veut le bien d’un peuple, Il fait agir parmi eux leurs vertueux, confie les sentences à leurs jurisconsultes et place l’autorité entre les mains de leurs généreux. Mais lorsqu’Il veut le mal pour des serviteurs, Il met leurs sots à leur tête, livre leurs jugements à leurs ignorants et confie la richesse à leurs avares. La rectitude des gouvernants dépend de la droiture de leur entourage. Celui qui, ô Muʿâwiya, t’irrite par la vérité est ton conseiller loyal ; celui qui te satisfait par le faux te trompe.
Muʿâwiya lui dit alors : « Assieds-toi. » Puis il ordonna qu’on lui remette une somme d’argent. Shaddâd répondit : « Si cette somme provient de tes biens personnels – distincts de ceux des musulmans –, que tu as réunis par crainte d’en rendre compte, acquis licitement et dépensés par générosité, alors soit. Mais si elle provient d’un bien commun aux musulmans, que tu as accaparé à leur détriment, acquis illégitimement et dépensé avec prodigalité, Allah dit : “Les prodigues sont les frères des démons” (S. 17, v. 27). »