et comment, en effet, le faible pourrait-il se prémunir contre celui que les cieux mêmes sont gardés de peur qu’il n’y accède, que les étoiles repoussent quand il tente d’écouter, alors que, par un passage invisible, il dispose d’un accès jusqu’aux cœurs ? Il circule comme le sang, chuchote puis se tapit, sans qu’Allah lui ait accordé l’infaillibilité.
Lorsque le Créateur façonna Adam pour la terre, Il le fit d’abord demeurer au Paradis, lui interdit l’arbre, tout en sachant qu’il se laisserait abuser, glisserait et trébucherait, jusqu’à ce qu’Il le fasse sortir vers le lieu qu’Il lui avait assigné comme demeure provisoire et moyen de subsistance « pour un temps déterminé ».
Une fois leur discours devenu, à leurs propres yeux, cohérent avec les principes qu’ils avaient établis – d’apparence séduisante, proche des inclinations de l’âme, agréable à l’oreille et propre à gagner le cœur des insouciants –, ils se tournèrent vers le Livre d’Allah ; ils y trouvèrent la démolition de leurs analogies et l’anéantissement des bases qu’ils avaient édifiées. Ils se mirent alors à chercher pour ces passages des interprétations forcées, des échappatoires tirées par les cheveux, transformant le texte en énigmes obscures. Pourtant, aucune de ces ruses ne résiste ni à l’examen rationnel ni à la langue elle-même, comme lorsqu’ils expliquent la parole divine : « Il égare qui Il veut » par « Il les attribue à l’égarement », et « Il guide qui Il veut » par « Il les attribue à la bonne direction ». Que vaudrait une simple attribution, répétée et reformulée ? S’Il avait voulu exprimer un simple rattachement, Il aurait dit : « Il les fait s’égarer (yudalliluhum) ».