Raison de la rédaction de l’épître
La dernière dissension qui survint toucha précisément les gens du hadith : ces hommes qui, depuis toujours, se tiennent ouvertement du côté de la Sunna et imposent leur autorité par le suivi scrupuleux. Ils fréquentent les habitants de chaque contrée sans jamais se compromettre ; les sectes se cachent d’eux, tandis qu’eux ne se cachent pas. Ils proclament hautement la vérité sans jamais tromper ; nul ne s’élève dans la science que par l’estime qu’ils accordent, nul n’y est abaissé que par le discrédit qu’ils jettent. Les caravanes ne se mettent en route qu’en colportant les noms qu’ils ont célébrés.
Or Satan les prit au piège d’une question qu’Allah n’a faite ni un pilier de la religion ni même une branche secondaire : l’ignorer ne lèse personne, la connaître est un mérite. Le mal, cependant, enfla ; l’affaire prit de l’ampleur jusqu’à briser leur union, disperser leur parole, affaiblir leur cause, réjouir leurs envieux et épargner à leurs ennemis toute dépense : leurs propres langues, leurs propres mains suffirent. Satan, depuis, ne cesse de rire d’eux et de se moquer ; les uns traitent les autres d’incrédules, les uns maudissent les autres. Ils divergent tout en paraissant unis, se séparent tout en donnant l’illusion d’être rassemblés ; et lui se voit devenu pour eux une échelle après avoir été leur plus farouche adversaire.
Voyant les gens de raison se détourner de ce sujet depuis son apparition, négliger d’y appliquer le remède lorsqu’il n’était qu’une plaie naissante, refuser d’en lever le voile lorsqu’il pointa, jusqu’à ce que sa base fût consolidée et sa cime élevée, jusqu’à ce que l’adulte s’habitue à l’erreur qu’il enferme et que l’enfant y grandisse, jusqu’à ce qu’il devienne ardu aux médecins d’extirper des cœurs ce qui a pris racine dans les veines et sur quoi la chair a repoussé, je n’ai pu me trouver d’excuse pour délaisser ce qu’Allah m’a rendu obligatoire, au regard de la grâce de la connaissance qu’Il m’a octroyée. Devant une affaire devenue si grave par la négligence des négligents, j’ai donc entrepris, selon la mesure de mon savoir et la limite de mes forces, ce que j’espère s’acquittera d’une part du devoir qui m’incombe. Peut-être Allah en fera-t-Il profiter, car Il est Celui qui, quand Il veut, fait profiter.
Celui qu’Allah a destiné à la parole de vérité n’est pas tenu de solliciter l’agrément des gens ; sa tâche est d’éclairer, et la facilité appartient à Allah.
Trois sortes de personnes agréeront ce que je vais exposer :