« j’ai prononcé ». Ta parole renvoie alors à un acte, tandis que le Coran – pour chacun de ces deux volets – ne subsiste qu’au moyen de l’autre, sans s’en distinguer ; en effet, la voix et le mouvement de la langue ne deviennent récitation que lorsqu’ils portent le Verbe révélé, et réciproquement. Il n’en va pas ainsi des autres actions et de leurs objets : ne vois-tu pas que, lorsque tu dis : « j’ai injurié », « j’ai insulté », « j’ai diffamé », ton énoncé désigne à la fois un acte et une personne injuriée, insultée ou diffamée, chacun existant cependant de façon autonome et distincte ? C’est pourquoi nous disons que la récitation réunit deux réalités ; il en est de même de la tilâwa (psalmodie) et du lafẓ (prononciation), tandis que l’injure, elle, ne désigne qu’une seule chose.
S’il objecte : « À quoi cela peut-il bien se comparer ? », nous répondons : Deux hommes observèrent une braise rougeoyante ; l’un dit : « C’est un corps », l’autre : « C’est du feu. » Ils se querellèrent à ce sujet, la discussion s’envenima, et chacun jura par divorce que son avis était juste. Ils se rendirent alors chez le juriste et dirent : « Nous avons divergé au sujet d’une braise : l’un affirme que c’est un corps, l’autre que c’est du feu, et nous avons poussé la contestation jusqu’à prêter serment de divorce pour soutenir notre thèse. » Le juriste déclara à chacun : « Tu as dit vrai ; seulement, tu as parlé d’une chose qui comporte deux acceptions et tu n’en as retenu qu’une. »
La braise est, en effet, comparable à la récitation : un seul nom qui embrasse deux sens, le corps et le feu, tout comme la récitation recouvre à la fois l’acte et le Coran. Si l’un des deux adversaires avait dit : « Elle est à la fois un corps et du feu », il aurait réuni les deux aspects, de même que celui qui dit : « La récitation est à la fois un acte et le Coran » embrasse ses deux dimensions.
Il en va de même si deux personnes divergent au sujet d’une étoile : l’une dit : « C’est du feu », l’autre : « C’est de la lumière » ; toutes deux disent vrai, car le terme « étoile » comporte deux sens, feu et lumière. Il en est encore ainsi si l’on diffère à propos de l’acte de manger : l’un soutient que c’est mâcher, l’autre qu’il s’agit d’avaler ; les deux ont raison, puisque « manger » comprend ces deux moments, mâcher et avaler. Il en va de même pour « tuer » : si l’un dit que c’est infliger une blessure et l’autre que c’est donner la mort, tous deux sont véridiques, car « tuer » renferme deux significations : l’action et le résultat mortel.
Après ces éclaircissements demeure encore une subtilité où l’on risque de se tromper : c’est le cas où l’auditeur