[Section : La question du lafẓ (la prononciation)]
La parole équilibrée au sujet de la controverse qui les oppose sur la lecture et le lafẓ du Coran est la suivante : le mot « lecture » recouvre en réalité deux significations.
La première est un acte ; la seconde est le Coran lui-même.
Or l’acte ne se sépare pas du Coran comme l’acte de manger se distingue de ce qui est mangé : ce qui est mangé, c’est l’aliment mastiqué puis avalé, et l’acte de manger, c’est précisément mâcher et avaler.
Le Coran, pour sa part, n’existe pas de façon autonome comme l’aliment existe par lui-même ; il ne se manifeste qu’au moyen de l’un de ces quatre supports : l’écriture, la lecture, la mémorisation ou l’écoute.
• Par l’écriture, il se manifeste : l’acte d’écrire – le tracé – est créé, tandis que ce qui est écrit est le Coran, donc incréé.
• Par la lecture, il se manifeste : l’acte, à savoir le mouvement de la langue et du voile du palais pour réciter, est créé, alors que ce qui est récité est le Coran, donc incréé.
• Par la mémorisation, il se manifeste : l’acte de retenir est créé, mais ce qui est gardé en mémoire est le Coran, incréé.
• Par l’écoute, il se manifeste dans l’ouïe : l’acte d’écouter est créé (1), tandis que ce qui est entendu est le Coran, incréé.
Un tel exemple – bien qu’en vérité rien ne puisse être comparé au Coran – n’a d’autre but que de rendre intelligible notre propos. De même que la couleur d’un homme n’existe qu’avec son corps – nous serions incapables de figer dans ton esprit la couleur en la dissociant du corps –, de même la puissance, la capacité ou le mouvement ne se conçoivent pas isolément : chacune de ces réalités n’existe qu’à travers le corps et l’organe, sans pouvoir s’en abstraire.
Ainsi, le Coran ne subsiste qu’au moyen des quatre modalités que nous venons d’énumérer, et nul ne saurait l’imaginer séparé d’elles. Lorsque donc tu dis : « J’ai récité », « j’ai psalmodié » ou