Al-Radd ʿalā al-JahmiyyahIbn Qutayba

Nous disons : à chaque époque ses hommes. Tu es le Sufyān al-Thawrī de notre temps, notre Ibn ʿUyayna ; dis donc ce qu’ils ont dit et nous en serons satisfaits. Il est toutefois légitime que nous te demandions : d’où tires-tu ces propos ?

Quiconque revendique une thèse ou s’affilie à une école prétend que la vérité se trouve dans ce qu’il revendique et dans la doctrine qu’il adopte, à l’exception du wāqif hésitant : celui-là reconnaît lui-même son erreur, sachant que la vérité réside dans l’un des deux avis entre lesquels il s’est arrêté, tout en n’adhérant à aucun des deux.

Le chercheur clairvoyant, avide de rectitude, se voit pourtant accablé par les deux camps : ils le harcèlent par leurs exigences, leurs épreuves et leur rudesse envers quiconque les contredit, excommuniant leurs opposants et, par surcroît, ceux qui doutent de cette excommunication. Il arrive qu’un cheikh âgé débarque dans une grande ville et prenne place pour enseigner le hadith ; dépourvu de savoir-vivre et de discernement, il ne possède d’autre capital scientifique que son grand âge et le souvenir d’avoir entendu Ibn ʿUyayna, Abū Muʿāwiya, Yazīd ibn Hārūn et leurs pairs. Avant même l’ouverture du livre, on le soumet à l’« épreuve doctrinale » ; malheur à lui s’il bégaye, hésite, tousse ou se racle la gorge avant de livrer la réponse qu’on exige. Craignant leurs railleries et leur mise au ban, il se hâte de les satisfaire, parle sans science, prononce des paroles qu’il ne comprend pas et s’éloigne ainsi d’Allah dans l’assemblée même où il espérait se rapprocher de Lui. S’il est, au contraire, décidé à les contredire, il finit quand même par afficher ce qu’ils aiment, afin qu’ils transmettent de lui.

Qu’ils rencontrent un jeune en quête de direction ou un adulte avide de savoir, ils le questionnent. S’il leur dit : « Je cherche la réalité de cette question ; je m’informe et, pour l’heure, rien n’a été établi pour moi », il leur dit pourtant la vérité sur son état et présente l’excuse qui est la sienne — Allah sait sa sincérité, et eux savent qu’on ne lui impose, tant qu’il ignore, que de demander et de chercher pour apprendre —, mais ils le traitent de menteur, le molestent et déclarent : « C’est un pervers ; boycottez-le, ne vous asseyez pas avec lui ! »

Imagine donc : si la conviction qu’ils défendent constituait l’essence même du tawḥîd, un fondement qu’il serait illicite d’ignorer, et s’ils l’avaient reçue de la bouche même du Messager d’Allah ﷺ, faudrait-il vraiment pousser l’affaire à de telles extrémités ? Or, si on leur demandait : « D’où tenez-vous cette affirmation ? », ils seraient incapables de citer un hadith sûr qu’ils transmettent, la parole d’un imam qu’il serait légitime d’imiter ou même un raisonnement analogique qu’ils appliqueraient avec cohérence. Ce n’est qu’une opinion qu’ils ont émise — et l’opinion peut se tromper —, une conjecture qu’ils ont formulée ; et le plus ignorant des hommes est celui qui érige sa conjecture en religion pour Allah.

قلنا: لكل زمان رجال، فأنت ثوري زماننا وابن عيينتنا فقل كما قالوا ونحن راضون منك أن تقول ومعقول أن نقول لك من أين قلت. وكل من ادعى شيئاً أو انتحل نحلة فهو يزعم أن الحق فيما ادعى وفيما انتحل خلا الواقف الشاك فإنه يقر على نفسه بالخطأ، لأنه يعلم أن الحق في أحد الأمرين اللذين وقف بينهما، وأنه ليس على واحد منهما، وقد بلي بالفريقين المستبصر المسترشد وبإعناتهم ومحنتهم وإغلاظهم لمن خالفهم وإكفاره وإكفار من شك في كفره، فإنه ربما ورد الشيخ المصر فقعد للحديث وهو من الأدب غفل، ومن التمييز ليس له من معاني العلم إلا تقادم سنه، وأنه قد سمع ابن عيينة وأبا معاوية ويزيد بن هارون، وأشباههم فيبدأونه قبل الكتاب بالمحنة، فالويل له إن تلعثم أو تمكث أو سعل أو تنحنح قبل أن يعطيهم ما يريدون فيحمله الخوف في قدحهم فيه، وإسقاطهم له على أن يعطيهم الرضا فيتكلم بغير علم ويقول بغير فهم فيتباعد من الله في المجلس الذي أمل أن يتقرب منه فيه. وإن كان ممن يعقد على مخالفتهم سام نفسه إظهار ما يحبون ليكتبوا عنه. وإن رأوا حدثاً مسترشداً أو كهلاً متعلماً سألوه فإن قال لهم: أنا أطلب حقيقة هذا الأمر، وأسأل عنه ولم يصح لي شيء بعد، وإنما صدقهم عن نفسه، واعتذر بعذره، الله يعلم صدقه، وهم يعلمون أنه لم يكلفه إذا لم يعلم إلا أن يسأل ويبحث ليعلم، كذبوه وآذوه وقالوا: خبيث فاهجروه ولا تقاعدوه. أفترى لو كان ما هم عليه من اعتقادهم هذا الأمر، أصل التوحيد الذي لا يجوز للناس أن يجهلوه وقد سمعوه من رسول الله ﷺ مشافهة كان يجب أن يبلغ فيه هذه الغاية فكيف وهم لو سئلوا من أين قلتم ما رجعوا في ذلك إلى وثيقة من حديث يأثرونه أو قول إمام من العلماء يحسن تقليد مثله أو قياس يطردونه وإنما هو رأي رأوه وقد يخطئ الرأي، وظن ظنوه وأجهل الناس من جعل ظنه لله ديناً.

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