peut-on prêter à Abū ʿAbd Allāh une telle affirmation ? Tu sais pourtant que la vérité ne peut se situer qu’en l’une des deux positions en présence ; et, puisqu’elle ne saurait s’en écarter, il s’ensuivrait que la vérité se trouve soit dans la mécréance, soit dans l’égarement.
Parmi toutes ces factions, je n’ai rencontré excuse plus ténue que celle de ceux qui, après cette fitna (sédition), ordonnent le silence et feignent l’ignorance. Une telle injonction n’aurait été admissible qu’avant que l’affaire ne s’envenime et que la rancœur ne s’installe ; car la nature humaine ne supporte guère de se retenir sur une question religieuse qui s’est répandue à ce point et s’est affichée au grand jour. Quand bien même les gens sensés garderaient le silence, les ignorants, eux, ne s’en abstiendraient pas ; et quand bien même les langues se tairaient, les cœurs, eux, ne sauraient se contenir.
Or ces mêmes personnes avaient un précédent dans la conduite des savants qui les ont précédés : lorsque Jahm et Abū Ḥanīfa soulevèrent la question du Coran, pareils propos n’avaient auparavant ni circulé parmi les gens, ni même été connus