ou encore sur ce qui a depuis longtemps disparu de la pratique, tels que les règles du kitâba (contrat d’affranchissement), la procédure de liʿân (imprécation réciproque) ou la lapidation de l’adultère marié. Le but, désormais, est d’en extraire la finesse la plus subtile, de sonder son aspect insolite, de réfuter tel ou tel prédécesseur : l’un s’en prend à Abû Ḥanîfa, l’autre à Mâlik, un troisième à ach-Châfiʿî, avec un flot de mots enjolivés et d’arguties raffinées. Comme s’il ne savait pas que, s’il démolit par son artifice une opinion qui, auprès d’Allah, est correcte, il se chargera des péchés de tous ceux qui l’auront suivie jusqu’à la fin des temps.
Tel vitupère contre le recours au jugement personnel chez un ancien des Pieux Prédécesseurs, tout en s’y adonnant lui-même ; tel autre accuse son frère d’innovation dans la religion d’Allah, tout en innovant à son tour.
Autrefois, les débatteurs échangeaient sur l’équivalence entre patience et gratitude, sur la supériorité de l’une sur l’autre, sur les tentations intérieures, les pensées furtives, le combat de l’âme et la maîtrise des passions. À présent, ils polémiquent sur la capacité (istitaʿa), la génération indirecte (tawallud), la « sauterelle » instantanée (ṭafra), la particule indivisible (juzʾ), l’accident et la substance ; ils s’épuisent, tâtonnant dans l’obscurité, les chemins se sont ramifiés pour eux et leurs passions les mènent par le licol de la perdition.