Réfutation des nâsibites et des râfidites
J’ai observé, chez ces gens-là également, que lorsqu’ils virent l’excès des râfidites dans leur amour pour ʿAlî – au point de le placer au-dessus du rang que le Messager d’Allah ﷺ et ses Compagnons lui accordèrent –, lorsqu’ils lui attribuèrent une part dans la prophétie, la connaissance de l’invisible aux imâms issus de sa descendance, et colportèrent ces affirmations ésotériques qui mêlent mensonge, impiété, ignorance et ineptie, lorsqu’ils entendirent encore leurs insultes et leur haine envers les meilleurs des Anciens ainsi que leur désaveu, ils répliquèrent par un autre excès : reléguer ʿAlî – qu’Allah anoblisse son visage – au second plan, lui rogner son droit. Ils ont dérapé dans leurs propos, sans toutefois s’employer directement à l’opprimer ; ils ont néanmoins porté atteinte à sa personne en versant le sang sans droit, l’accusant de collusion dans l’assassinat de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée). Par ignorance, ils l’ont écarté des imâms de la guidée pour le ranger parmi les meneurs de discorde ; ils lui ont refusé le titre de calife sous prétexte que les gens étaient divisés à son sujet, tout en le reconnaissant à Yazîd ibn Muʿâwiya au motif que la communauté l’avait unanimement accepté, et ils ont soupçonné quiconque parlait d’ʿAlî en termes favorables.
Nombre de traditionnistes, dès lors, se sont abstenus de rapporter ses mérites – qu’Allah anoblisse son visage – ou de mettre en lumière ce qui lui est dû, alors même que tous ces hadith possèdent des chaînes parfaitement authentiques. Ils sont allés jusqu’à considérer son fils al-Ḥusayn (sur lui la paix) comme un rebelle (khârijî) qui aurait brisé l’unité des musulmans, estimant que son sang était licite en vertu de cette parole du Prophète ﷺ : « Quiconque soulève son sabre contre ma communauté alors qu’elle est unie, tuez-le, qui qu’il soit. » Ils l’ont placé, pour ce qui est du mérite, sur le même rang que les membres de la shûrâ, sous prétexte que si ʿUmar avait perçu sa supériorité il l’aurait préféré aux autres et n’aurait pas confié l’affaire à leur consultation.
Ils ont passé sous silence quiconque le mentionnait ou rapportait une de ses vertus, si bien que beaucoup de traditionnistes finirent par ne plus les citer ; dans le même temps, ils se sont appliqués à rassembler les mérites de ʿAmr ibn al-ʿÂṣ et de Muʿâwiya, comme si, en vérité, ils n’œuvraient pas pour ces deux-là mais contre lui. Et si quelqu’un venait à dire : « ʿAlî est le frère du Messager d’Allah ﷺ, le père de ses deux petits-fils al-Ḥasan et al-Ḥusayn, et l’un des Gens du manteau… »