et, dès qu’ils parviennent à trouver dans un texte une échappatoire de cette sorte, ils y donnent crédit ; mais, lorsqu’aucune issue ne se présente, ils le rapportent à contrecœur, cherchent à le contourner, traitent de menteurs ceux qui l’ont transmis et ne tiennent compte ni du hadith authentique ni du faible.
C’est ainsi qu’ils ont admis la parole du Prophète ﷺ : « Le cœur du croyant est entre deux doigts du Tout-Miséricordieux », parce qu’à leurs yeux la langue arabe leur offrait ici une porte de sortie. Ils prétendent en effet que le mot « doigt » signifie « bienfait », s’appuyant sur ce vers du poète ar-Raʿî :
« Au bâton frêle, les veines saillantes ; sur lui,
aussitôt que la disette frappe les gens, se voit un “doigt”. »
c’est-à-dire une trace bénéfique. Ils citent encore al-Tufayl décrivant un étalon chamelier :
« Rouan, tel un jeune mâle à la dent acérée, il redonna vie
à leurs petits moribonds, et leur laissa un “doigt” à porter. »
Autrement dit : lorsque ce mâle saillit le troupeau, les petits survécurent, alors qu’auparavant aucun ne vivait ; et l’expression « leur laissa un doigt » signifie que s’imprima sur elles l’heureuse marque d’un bon pâturage. Les Arabes disent également : « Quel beau “doigt” untel laisse sur sa fortune ! »
Quiconque médite cette interprétation verra qu’elle ne concorde nullement avec la suite même des propos du Prophète ﷺ dans ce hadith. En effet, il dit dans sa supplication : « Ô Toi qui tournes les cœurs, affermis mon cœur dans Ta religion. » L’une de ses épouses lui demanda alors : « Ô Messager d’Allah, crains-tu donc pour toi-même ? » Il répondit : « Le cœur du croyant est entre deux doigts d’Allah. » Si, comme ils le soutiennent, le cœur du croyant se trouvait entre deux bienfaits d’Allah, il serait déjà préservé par ces deux bienfaits ; pour quelle raison aurait-il donc demandé la fermeté ? Et il ne