qu’il existe un consensus : tous reconnaissent que le mot khulla, vocalisé d’un ḍamma sur le khâʾ, est propre à Abraham ; que Moïse est le Kalîm d’Allah – l’Interlocuteur du Très-Haut –, qu’Abraham est Son Khalîl – Son Ami intime –, et que Jésus est Rûḥ Allah – Son Esprit. Or, si « Khalîl Allah » devait signifier « le nécessiteux envers Allah », quelle distinction resterait-il donc à Abraham, puisque tous les humains, sans exception, sont nécessiteux envers Allah ? Il est d’ailleurs étonnant qu’ils n’aient pas appliqué la même logique à l’expression courante « Moïse, Kalîm Allah », en prétendant qu’elle ferait de lui « la blessure d’Allah », dérivant le terme de kalam dans le sens de plaie, ou d’une quelconque autre acception.
S’ils s’en sont abstenus, c’est seulement parce qu’Allah dit : « Je t’ai élu, au-dessus des gens, par Mes Messages et par Ma Parole » (Coran 7 : 144) ; leur subterfuge n’avait ici plus de prise. Leur procédé rappelle fort leur explication du verset : « Adam désobéit alors à son Seigneur et s’égara » (Coran 20 : 121) : ils prétendent qu’il ne s’agit que d’un rot provoqué par le fruit défendu, s’appuyant sur l’usage arabe : ghawā al-faṣīl lorsque le chamelon est ballonné. Ils analysent donc ghawā yaghwā – et même ghawā yaghwi, le wāw passant au kasra – au sens de « se gaver ». S’ils avaient déniché pour « Adam désobéit » un tour analogue, ils n’auraient pas manqué de l’adopter.
Réfutation des partisans d’une interprétation figurée de l’istiwaʾ
Ils affirment encore, au sujet de la parole : « Le Tout-Miséricordieux S’est établi sur le Trône » (Coran 20 : 5), qu’il faut comprendre : « Il S’est emparé ». Or, jamais en arabe on ne dit : istawaytu ʿalâ ad-dâr pour signifier « je m’en suis emparé ». Dans ce contexte, istawā veut dire « Il S’est installé, Il S’est fixé », comme dans le verset : « Lorsque toi et ceux qui sont avec toi vous serez installés sur l’Arche » (Coran 23 : 28), c’est-à-dire « lorsque vous vous y serez établis ». De même, on peut dire à quelqu’un qu’on voit fébrile : « Istaw ! », voulant dire : « Reste tranquille, pose-toi ».
Quant à la parole : « Puis Il S’est tourné vers le ciel… » (Coran 2 : 29, 41 : 11), elle signifie qu’Il s’y est dirigé avec dessein et détermination : quiconque abandonne une occupation – qu’il l’ait achevée ou non – pour se consacrer à une autre, on dit qu’il « s’est tourné vers » celle-ci (istawā ilai-hâ).
Telle est donc la méthode de ces gens : interpréter le Livre selon leurs opinions, à partir des principes qu’ils ont eux-mêmes échafaudés.
Réfutation de ceux qui détournent la description des « doigts »
Quant au hadith du Messager d’Allah ﷺ, ils ne l’ont examiné qu’en cherchant ce qui, selon eux, pouvait admettre une échappatoire interprétative