Le poète – il s’agit d’Umayya b. Abî ’l-Ṣalt – a dit :
« Prête l’oreille à la Parole d’Allah, contemple la variété de ses formes ;
émerveille-toi, et que celui dont tu sollicites la récitation fasse parler ta langue. »
Il veut dire : « Écoute la Parole d’Allah » ; puis il ajoute : « wa yulisinuka », autrement dit : celui à qui tu demandes de la déclamer te parle, comme s’il s’adressait directement à toi.
Allah – exalté soit-Il – rapporte cette invocation d’Abraham : « Accorde-moi une langue de vérité parmi la postérité » (Sourate 26, v. 84).
Un autre poète a dit :
« Une langue m’est parvenue, que je ne puis garder secrète, »
c’est-à-dire : on m’a informé.
Quant à l’argument qu’ils tirent du verbe jaʿala pour soutenir que le Coran aurait été créé, à propos de la parole : « Nous en avons fait (jaʿalnâ-hu) un Coran arabe », il faut savoir que jaʿala se prête à deux sens : l’un signifie « créer », l’autre non.
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Il signifie « créer » lorsque le verbe régit un seul complément d’objet et ne va pas au-delà, comme dans : « Il a créé les cieux et la terre et a fait (jaʿala) les ténèbres et la lumière » ; ici, jaʿala équivaut clairement à « créer ». Il en est de même pour : « Il a fait surgir d’elle son épouse », c’est-à-dire : Il l’a créée à partir d’elle.
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Lorsqu’il régit deux compléments d’objet, jaʿala ne signifie plus « créer ». Ainsi : « Vous avez pris (jaʿaltum) Allah comme garant contre vous », c’est-à-dire : vous L’avez institué garant ; ou encore : « Nous en fîmes (jaʿalnâ-hâ) un exemple pour ceux qui la précédaient et pour ceux qui la suivaient » ; ou, dans la langue courante : « Un tel a remis l’affaire de sa femme entre ses mains. »
S’ils pouvaient montrer que, dans tout le Coran, jaʿala ne régissant qu’un seul complément ne se rencontre qu’à propos du Coran, de sorte qu’on doive nécessairement y voir l’idée de création, nous leur donnerions raison. Il en va de même du terme muḥdath : nulle part il ne signifie « créé ». S’ils contestent cela, qu’ils expliquent donc la parole divine : « Peut-être Allah fera-t-Il survenir (yuḥdith) après cela quelque affaire » en affirmant qu’Il la crée, ou encore : « Peut-être craindront-ils, ou bien se produira-t-il (yuḥdith) pour eux un rappel », autrement dit : qu’Il leur produise, à titre de rappel, le Coran. Le sens est qu’Il renouvelle pour eux ce qui n’existait pas auparavant.
Il en est de même pour : « Il ne leur vient aucun rappel de leur Seigneur qui soit nouveau (muḥdath) », c’est-à-dire : un rappel qui se présente à eux et n’existait pas auparavant.