[Réfutation de ceux qui prétendent que le Coran est créé]
Ils soutiennent que la parole d’Allah serait créée, parce qu’Allah – exalté soit-Il – a dit : « Nous en avons fait (jaʿalnâ-hu) un Coran arabe » ; or, affirment-ils, le verbe jaʿala (« faire ») signifierait ici « créer ». Ils invoquent encore ce verset : « Il ne leur vient aucun rappel de leur Seigneur qui soit nouveau (muḥdath) », faisant valoir que tout ce qui est nouveau est forcément créé. Selon la même logique, les expressions : « Allah a parlé » et « Allah parla à Moïse de vive voix » ne voudraient dire, d’après eux, qu’Il « a produit » une parole ou « a fait exister » un discours que Moïse a entendu.
Par cette interprétation, ils se coupent aussi bien de la langue arabe que du bon sens. En effet, le vrai sens de « Allah a parlé (takallama) » est : Il a fait surgir la parole de Lui-même ; de même, « Il a fait miséricorde (taraḥḳama) » signifie : Il a fait venir la miséricorde de Sa propre essence. De façon analogue, on dit d’un homme : « Il s’est recueilli (takhashaʿa) » – c’est-à-dire qu’il a manifesté l’humilité par lui-même –, « il s’est montré courageux (tashajjaʿa) », « il s’est voué tout entier (tabattala) », « il s’est montré patient (taḥallama) ».
Si, réellement, « Il a parlé » voulait dire « Il a créé une parole », on ne pourrait pas dire « Il parle (yatakallamu) » ; il faudrait dire « Il fait parler (akkalama) », comme on dit « Il a rendu la chose laide (aqbaḥa) », « Il l’a rendue bonne (aṭāba) » ou « Il l’a rendue vile (akhassa) ». Il aurait encore fallu dire : « Allah fit parler (akkalama) Moïse d’un parler », tout comme l’on dit : « Allah a fait enterrer (aqbara) le mort », c’est-à-dire qu’Il lui a assigné une tombe, ou : « Allah fit paître (arʿâ) le troupeau », c’est-à-dire qu’Il le conduisit au pâturage. De nombreux exemples de cette nature existent et ne sauraient échapper à quiconque connaît la langue.
Enfin, les Arabes appellent la parole « langue » (lisân), parce qu’elle se forme précisément sur la langue.