– c’est-à-dire avec le sîn, consonne dépourvue de point, et en modifiant même la déclinaison – ; puis il a lu, dans tous les passages du Coran où figure « al-mukhlaṣîn », la lâm sous la voyelle de la kasra (mukhliṣîn). Certes, quelques lecteurs ont effectivement adopté cette leçon, mais lui voulait, par là, faire de la sincérité un acte qui viendrait d’eux-mêmes et dans lequel Allah n’aurait aucune part. Que fera-t-il donc du verset : « Nous les avons, par une pure grâce, distingués par le rappel de la Demeure dernière » ?
De même, il a lu : « Que les mécréants ne pensent pas que le délai que Nous leur accordons est un bien pour eux ; Nous ne leur accordons ce délai que pour qu’ils aggravent leur péché » en mettant innamâ, la première fois, avec la kasra et, la seconde fois, avec la fatha. Il voulait ainsi faire dire au texte : « Que les mécréants ne s’imaginent pas que si Nous leur accordons un délai, c’est uniquement pour qu’ils aggravent leur péché ; Nous ne leur accordons ce délai que parce qu’il est un bien pour eux. » Il a donc détourné le sens, l’a arraché à sa voie naturelle et a transformé le répit qu’Allah accorde aux mécréants en un bienfait qu’Il voudrait leur prodiguer.
Certains ont même prétendu qu’il lisait : « …afin qu’ils augmentent leur foi », et qu’il avait fait inscrire cette variante dans quelques exemplaires du muṣḥaf, dans l’espoir qu’elle s’y maintienne à jamais et que les gens l’acceptent comme une lecture recevable. Mais comment cela serait-il possible alors qu’Allah dit, juste à côté : « et pour eux il y aura un châtiment avilissant » ?
(Réfutation des partisans du jabr)
Lorsque des gens appartenant au camp de l’affirmation virent jusqu’où allait l’excès de ceux-ci à propos du décret divin et constatèrent l’ampleur des dissensions, leur mépris et leur entêtement les poussèrent à répondre à l’extrémisme par l’extrémisme ; ils adoptèrent alors la doctrine de Jahm portant sur le jabr absolu. Ils déclarèrent que le serviteur, pourtant destinataire d’ordres et d’interdits et légalement responsable, n’a en réalité aucune capacité, ni pour le bien ni pour le mal, et qu’il n’accomplit rien en propre. Tout acte qu’on lui attribue, disaient-ils, ne l’est qu’au sens figuré, comme lorsque l’on dit d’un objet inanimé : « Le mur a penché » – voulant dire « on l’a fait pencher » –, ou « le froid est parti », c’est-à-dire « il a été dissipé ». Les deux camps se trompent ainsi l’un et l’autre et s’écartent de la voie équilibrée de la vérité.