La forme verbale dharaʾnâ (« Nous avons créés »), telle qu’elle figure ici, est dépourvue de hamza ; si le Coran avait voulu exprimer l’idée de « jeter » ou de « précipiter », l’énoncé aurait été : « wa-laqad adhraynâ (li-Jahannam) ». Ces gens se sont appuyés sur l’expression : « dharrat-hu al-rîḥ » (« le vent l’a dispersé ») ainsi que sur la parole divine : « … il devint un chaume que les vents dispersent », c’est-à-dire qu’ils le réduisent en poussière et l’emportent. Ils ont donc cru, à tort, que notre verset relevait de ce registre ; or, s’il en avait été ainsi, le texte eût dit : « wa-laqad dharawnâ (li-Jahannam) ». Dans le passage qui nous occupe, dharaʾnâ ne peut donc signifier que « Nous avons créés ». C’est le sens qu’on retrouve dans : « Il vous a créés (dharaʾakum) sur la terre » et dans : « Il vous crée (yadhraʾukum) en elle », c’est-à-dire qu’Il vous façonne dans la matrice. De là vient le terme dhurriya (« descendance ») : il s’agit, en définitive, de la création d’Allah.
Ils ont ensuite commenté la parole d’Allah : « Ce n’est là que Ta tentation ; par elle Tu égares qui Tu veux et Tu guides qui Tu veux » (al-Aʿrâf 7, 155). Selon eux, il faudrait comprendre : « Ce n’est que Ton libre choix : Tu égares, par elle, qui Tu veux » — entendez les pervers — « et Tu guides qui Tu veux » — entendez les croyants. Ils s’appuient pour cela sur : « Il n’en égare, par ce moyen, que les pervers » (al-Baqarah 2, 26). Or, dans ce verset, le mot fâsiqûn (dépravés) désigne les mécréants, puisque le texte commence par : « Quant à ceux qui ont mécru, ils disent : “Qu’a donc voulu Allah par cet exemple ?” ». Comment, en effet, égarer un déjà égaré ou guider un déjà guidé ? S’ils prétendent qu’Allah destine l’égarement au mécréant et la guidée au croyant, je les réfute : l’épreuve du Veau consistait en ceci qu’un amas d’argent et de bijoux se mua en un corps mugissant ; les fils d’Israël renièrent alors l’islam et l’adorèrent. Aucun d’eux n’était mécréant aux côtés de Moïse ; s’ils l’avaient été, il ne se serait pas emporté ni n’aurait jeté les Tables. L’égarement, dans cet épisode, a donc frappé des musulmans.
Quant à la parole divine : « Il n’en égare, par ce moyen, que les pervers », elle fut révélée au sujet d’un groupe de Juifs. Ceux-ci avaient entendu les paraboles : « L’exemple de ceux qui prennent, en dehors d’Allah, des alliés est celui de l’araignée » et : « Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah ne sauraient créer ne fût-ce qu’une mouche, même s’ils s’unissaient pour cela ; et si la mouche leur dérobait quelque chose, ils seraient incapables de le lui reprendre. » Ils s’exclamèrent : « Quelles sont donc ces paraboles indignes d’Allah ? » Allah fit alors descendre : « Allah ne rougit pas de proposer en exemple un moucheron, ou même ce qui est au-dessus » — à savoir la mouche et l’araignée. Ils répliquèrent : « À quoi bon un tel exemple qu’Il réprouve, par lequel Il égare tant de gens ? » Allah — Très-Haut — répondit : « Quant à ceux qui croient, ils savent qu’il s’agit de la vérité émanant de leur Seigneur ; quant à ceux qui mécroient… »