Ils ont donc attribué la volonté, tant pour la guidée que pour l’égarement, au serviteur et non à Allah, commettant là l’erreur la plus grossière et tenant des propos d’une extravagance manifeste. Or il est impossible que la volonté soit rapportée au serviteur alors que, selon le consensus des récitants, le Nom d’Allah en occupe clairement la fonction de sujet.
À supposer même qu’on mette « Allah » à l’accusatif, on se rapprocherait à peine du sens qu’ils recherchent ; et cela resterait irrecevable, car il faudrait alors introduire la particule min, de sorte que l’énoncé deviendrait : « quiconque veut de la part d’Allah qu’Il le guide, Il lui ouvre la poitrine à l’islam », puis supprimer min et placer « Allah » à l’accusatif du fait de la chute de la particule régissante — exactement comme dans la tournure : « man yasriq al-qawma mālahum yuqṭaʿ », c’est-à-dire : « quiconque vole aux gens leur bien, qu’on lui coupe la main ». Pareille construction n’est tolérée qu’avec quelques particules bien précises transmises par les Arabes ; il n’est pas permis de l’imposer ailleurs ni d’en faire la mesure de l’analogie.
Ils ont ensuite interprété la parole d’Allah — Exalté soit-Il — : « Nous avons certes créé pour la Géhenne beaucoup de djinns et d’humains » en disant qu’Il les avait « repoussés » ou « jetés ». L’un d’eux a même invoqué, pour étayer cette lecture, ces vers du poète al-Muthaqab al-ʿAbdî décrivant sa chamelle :
« Elle dit, quand je lui ajuste son bât :
“Est-ce donc là, pour toujours, son usage et le mien ?” »
C’est là faire montre d’ignorance linguistique et d’une mélecture : le poète dit en réalité darāʾtu, avec un dāl non pointé, tandis qu’Allah emploie dans le verset le terme dharaʾnā, avec un dhāl. Je soupçonne ces gens d’avoir entendu l’expression arabe « adhrahtu l-dābbata ʿan ẓahrihā » (la monture l’a projeté de son dos) et d’en avoir déduit, à tort, que dharaʾnā devait signifier « Nous avons jeté ». Ainsi se manifeste l’erreur de leur interprétation.