Première catégorie : les négateurs de la sagesse et de la causalité, ceux qui ramènent le commandement divin à la seule volonté absolue. À leurs yeux, l’observance du culte n’a d’autre motif que l’ordre pur ; elle n’est ni source de bonheur en ce monde ou dans l’au-delà, ni moyen de salut. On s’y conforme uniquement parce qu’il a été ordonné et voulu.
De même, affirment-ils, Dieu n’a rien créé pour une raison déterminée, une fin visée ou une sagesse qui Lui revienne. Il n’existe dans les créatures ni causes produisant leurs effets, ni forces, ni natures : le feu n’est pas cause de la combustion, l’eau n’est pas cause de l’abreuvement, du rafraîchissement ou de la germination des plantes, et elle ne recèle aucune puissance qui l’impose. La brûlure et l’irrigation ne se produisent donc pas par le feu ou l’eau eux-mêmes, mais par une « habitude concomitante » qui fait que l’un apparaît auprès de l’autre, sans rapport causal ni force intrinsèque.
Il en va, selon eux, exactement de même pour les prescriptions religieuses : dans la réalité, il n’y aurait aucune différence entre ce qui est ordonné et ce qui est défendu. La seule volonté divine a voulu qu’Il ordonne ceci et interdise cela, sans qu’une qualité propre à l’acte prescrit justifie sa bonté ni qu’une qualité propre à l’acte proscrit justifie sa laideur.
Ce principe entraîne force conséquences et ramifications corrompues. Nous les avons exposées dans notre grand ouvrage intitulé « Miftâḥ Dâr al-Saʿâda wa Maṭlab Ahl al-ʿIlm wa al-Irâda », où nous avons réfuté ce fondement sous quelque soixante angles ; c’est, en son genre, un livre remarquable. Nous l’avons également rappelé dans notre traité « Safar al-Hijratayn wa Ṭarîq al-Saʿâdatayn ».
Les partisans de cette théorie ne goûtent ni la douceur ni la saveur du culte ; ils n’y trouvent ni délice ni félicité. Les ordres divins ne sont pas la fraîcheur de leurs yeux, ni la joie de leurs cœurs, ni la nourriture et la vie de leurs âmes. C’est pourquoi ils les appellent des « charges » (takâlîf), c’est-à-dire des fardeaux imposés. Or, si quelqu’un prétendait aimer un roi, ou quiconque, et qualifiait ce que celui-ci lui ordonne de « fardeau », déclarant : « Je ne l’accomplis qu’à contrecœur », personne ne le compterait parmi ses amoureux.
Pour cette même raison, ces gens — ou beaucoup d’entre eux — ont nié que le serviteur puisse aimer son Seigneur. Ils soutiennent qu’il n’aime que Sa récompense et les délices qu’Il crée pour lui, non Sa propre Essence, réservant ainsi l’amour à une créature plutôt qu’au Créateur.
Or la réalité même de la servitude est la plénitude de l’amour ; en la niant, ils nient donc le cœur et l’essence de la servitude. Et l’essence de la divinité consiste à être adoré et aimé d’un amour suprême, accompagné