à les imiter, affirmant qu’il surpasse même le rang que l’on atteint par la science ou par les autres formes d’adoration ; pour eux, le détachement d’ici-bas était l’objectif ultime et la tête de toutes les pratiques cultuelles.
Leur élite, cependant, considérait ce dépouillement comme un moyen et non une fin : il sert, disaient-ils, à fixer le cœur auprès d’Allah, à rassembler toutes ses préoccupations vers Lui, à le vider pour Son amour, revenir sans cesse vers Lui, s’en remettre à Lui et se consacrer à ce qui L’agrée. Ils jugeaient donc que la meilleure adoration consiste dans le recueillement intérieur sur Allah, la mention constante de Son Nom, de cœur comme de langue, et la vigilance permanente envers Lui, à l’exclusion de tout ce qui disperse et distrait le cœur.
Ceux-là se divisent encore en deux groupes. Les connaisseurs qui suivent la voie prophétique, lorsqu’un ordre ou une interdiction se présente, s’empressent d’y obéir, même si cela brise leur recueillement et dissipe leur état. Les déviants, eux, prétendent que le but du culte est uniquement la réunion du cœur sur Allah ; dès qu’une prescription risque de la troubler, ils n’y prêtent aucune attention.
L’un d’entre eux va jusqu’à dire :
« On impose des litanies à qui demeure inattentif ;
qu’en est-il d’un cœur dont chaque instant est déjà une litanie ? »
Eux aussi se ramifient ensuite en deux. Les uns abandonnent mêmes obligations et devoirs religieux pour préserver leur état ; d’autres se limitent à accomplir les actes obligatoires, mais délaissent les sounna, les œuvres surérogatoires et l’acquisition d’un savoir utile au nom de leur recueillement.
Certains interrogèrent un maître spirituel expérimenté : « Lorsque le muezzin lance l’appel à la prière alors que je suis plongé dans mon recueillement avec Allah ; si je me lève et sors, mon état se disperse, et si je reste, je le conserve. Qu’est-ce qui m’est préférable ? »
Il répondit : « Même si l’appel résonne tandis que tu te trouves sous le Trône, lève-toi, réponds à l’Appel d’Allah, puis retourne à ta place. » En effet, le recueillement sur Allah est la part de l’âme et du cœur, tandis que répondre à l’Appel relève du droit du Seigneur ; celui qui fait passer la part de son âme avant le droit de son Maître n’entre pas dans la catégorie de ceux qui disent : « C’est Toi que nous adorons. »
Troisième catégorie : ils estiment que la plus profitable et la plus noble des adorations est celle dont le bénéfice s’étend aux autres ; ils la tiennent pour supérieure aux actes dont l’utilité reste limitée à soi. Aussi voient-ils dans le service des pauvres, le fait de s’employer aux besoins