Quant à la parole superflue, elle ouvre au serviteur quantité de portes du mal, toutes autant de passages pour Satan ; se garder d’un tel bavardage les referme sans exception. Combien de guerres, en effet, n’a-t-on pas déclenchées pour un seul mot !
Le Prophète — que la paix et le salut soient sur lui — dit ainsi à Muʿâdh : « Les gens ne seront-ils pas jetés sur leurs visages dans le Feu pour rien d’autre que la récolte de leurs langues ? »
Et, dans le recueil d’at-Tirmidhî, il est rapporté qu’un homme parmi les Anṣâr mourut. Quelques Compagnons dirent alors : « Heureux homme ! » Le Prophète répliqua : « Comment le savez-vous ? Peut-être parlait-il de ce qui ne le concernait pas, ou refusait-il de dépenser de ce qui ne l’aurait pourtant pas appauvri. »
La plupart des désobéissances naissent, en vérité, de la parole et du regard superflus ; ce sont là les plus grands accès de Satan, car les deux organes qui y président ne se lassent ni ne se fatiguent, à la différence du désir intérieur : lorsque le ventre est rassasié, il ne réclame plus de nourriture.
Mais l’œil et la langue, si on les laisse libres, ne cessent ni de regarder ni de parler ; leurs méfaits rayonnent au loin, se ramifient sans fin et entraînent d’immenses fléaux.
Les pieux prédécesseurs mettaient en garde contre l’excès de regard comme contre l’excès de parole ; ils disaient : « Rien n’a plus besoin d’un long emprisonnement que la langue. »
Quant au surplus de nourriture, il appelle quantité de maux : il pousse les membres à la désobéissance et les alourdit pour l’obéissance. Ces deux fléaux suffisent à eux seuls ! Combien de péchés la satiété et l’excès de nourriture ont-ils provoqués, et combien d’actes d’obéissance ont-ils empêchés ?
Qui se prémunit du mal de son ventre se prémunit d’un grand mal.
C’est surtout lorsque l’homme a le ventre plein que Satan exerce le plus grand empire sur lui. De là ce propos rapporté dans certains récits : « Rétrécissez les voies de Satan par le jeûne. » Et le Prophète — paix et salut sur lui — a dit : « Le fils d’Adam n’a jamais rempli récipient plus néfaste que son ventre. »
S’il n’y avait dans la satiété qu’un seul effet, celui de distraire le cœur du rappel d’Allah, cela suffirait ; or, dès que le cœur s’écarte du rappel ne fût-ce qu’une heure, Satan s’abat sur lui, lui fait miroiter des promesses, nourrit ses espérances, excite ses passions et l’entraîne dans tous les défilés. Car, lorsque l’âme est rassasiée, elle s’agite