Tu espères la guérison auprès de prunelles rongées de mal ; as-tu jamais vu la santé surgir de la perdition ?
Tu consumes ton âme à la poursuite du plus hideux spectacle, voulant ravir – pour le souiller – l’éclat d’une beauté dérobée.
Par pure sottise tu abandonnes le capital de tes jours à pareille chimère ; si tu connaissais le prix de la vie, tu ne la cèderais pas.
Tu vends la douceur d’une existence d’un incomparable prix contre le simple fantôme d’une vie ravie aux douleurs.
Par Allah, voilà une perte flagrante ! Si tu reprenais ce collier de perles, tu ne serais ni dupé ni frustré.
Tu viens puiser à un breuvage que tu crois limpide alors qu’il est tout trouble, tandis qu’une eau pure, authentique – ce n’est point mensonge – s’offre à toi, tout près.
Tel un bûcheron nocturne qui glane du bois dans les ténèbres, tu t’exposes à chaque calamité qui conduit à la ruine.
Ta jeunesse a blanchi, mais ton goût puéril n’a pas gris ; tes heures se sont dissipées dans les plaisirs et les jeux.
Le soleil de ta vie est sur le point de se coucher, alors que sa clarté ne s’est pas encore retirée de l’horizon oriental.
A déjà triomphé celui qui a remporté la rencontre ; les ténèbres de la nuit comme les nuées se sont dissipées de son ciel.
Jusques à quand ce retard ? Le monde a levé le camp et les messagers de ton Seigneur sont venus te réclamer.
Lorsque les montures de l’aimé se sont éloignées, il ne reste dans ces demeures désertes ni gîte ni attrait pour le cœur épris.
Étends donc ta joue sur cette poussière et répète les paroles que l’ami des nostalgies clamait au fil du temps :
« Aucun campement de Mayya, même ceint et parcouru par Ghaylân, n’est plus cher à mon cœur que ton enclos dévasté ;
Nul visage, fût-il rougi d’un sang pourpré, n’est plus doux à mes yeux que ta joue couverte de poussière.
Demeures qu’il chérissait et fréquentait quand l’union était toute proche ;
Chaque fois que ces ruines se dressent devant lui, il s’y précipite comme l’eau qui dévale un versant.
Le souvenir des serments échangés y ranime son désir ; qu’il invite son cœur à l’oubli, il ne reçoit aucune réponse.
Pourtant combien d’autres demeures la terre recèle, mais hors de celles-ci il ne nourrit nulle envie, à jamais. »
Dans les tentes, nul compagnon ne saura soulager ton émoi si tu lui confies quelque secret d’amour ; exile-toi donc.
Et voyage discrètement dans l’épaisseur de la nuit, guidé par un souffle de parfum, non par le feu et le bois.
Tiens pour ennemis tout poltron et tout indolent ; combats ton âme, qu’elle ne te jette pas dans la mêlée.
Procure-toi une lumière qui t’éclairera le Jour où les créatures recevront des flambeaux répartis selon leurs rangs.
Car le Pont est noyé de ténèbres ; nul ne le franchira sans une lumière qui sauvera le serviteur dans l’angoisse.
Le propos, en somme, est que le regard superflu constitue la racine du mal.