Par ailleurs, l’adoration prise dans son acception absolue inclut immanquablement l’imploration d’aide, mais l’inverse n’est pas vrai ; quiconque adore Allah d’une adoration pleine L’implore forcément, tandis qu’un homme mû par ses passions peut très bien solliciter Son appui pour assouvir ses désirs. L’adoration est donc plus complète et plus parfaite ; c’est pourquoi elle constitue la « part du Seigneur ». En outre, l’imploration d’aide n’est qu’un volet de l’adoration ; la réciproque ne s’applique pas.
Demander le secours, c’est formuler une requête auprès de Lui ; adorer, c’est viser Sa personne même. L’adoration n’émane que d’un cœur sincère, alors que l’imploration peut venir d’un sincère ou d’un insincère. L’adoration est un droit qu’Il t’a imposé, tandis que l’imploration d’aide consiste à Lui demander l’assistance nécessaire pour L’adorer ; or s’acquitter de Son droit prime le fait de solliciter les largesses qu’Il t’accorde. De plus, l’adoration est la gratitude due pour Ses bienfaits – et Allah doit être remercié –, alors que l’assistance est Son action envers toi, Son succès qu’Il t’octroie. Si donc tu assumes Sa servitude et te places sous son joug, Il t’aidera à l’accomplir ; cet engagement devient la cause même de Son secours, et plus ta servitude est parfaite, plus l’assistance qu’Allah t’accorde est grande.
La servitude est bordée de deux assistances : une assistance préalable pour l’embrasser et l’accomplir, puis une assistance postérieure pour une nouvelle forme de servitude ; ainsi en est-il sans cesse jusqu’à ce que le serviteur achève son terme. De plus, « C’est Toi que nous adorons » est pour Lui, tandis que « c’est Toi dont nous implorons l’aide » est par Lui ; or ce qui est pour Lui précède ce qui est par Lui, car ce qui est pour Lui se rattache à Son amour et à Son agrément, alors que ce qui est par Lui relève de Sa volonté. Ce qui se rattache à Son amour est plus parfait que ce qui dépend seulement de Sa volonté ; l’univers entier, anges et démons, croyants et infidèles, actes d’obéissance et péchés, ressortit à Sa volonté. Mais ce qui se rapporte à Son amour concerne la foi et l’obéissance ; les mécréants relèvent de Sa volonté, les croyants de Son amour. C’est pourquoi rien qui soit « pour Allah » ne demeure jamais en Enfer ; tout ce qui s’y trouve n’y est que « par » Lui, c’est-à-dire par Sa volonté.
Ces secrets éclairent la sagesse qui fait précéder « C’est Toi que nous adorons » à « c’est Toi dont nous implorons l’aide ».
Quant au fait d’avoir placé l’Objet d’adoration et le Garant du secours avant les deux verbes, il traduit la politesse des serviteurs envers Allah, qui consiste à faire passer Son Nom avant leur propre action ; il témoigne aussi de l’attention soutenue qu’ils Lui portent et signale l’exclusivité appelée « restriction ». Le sens en est : « Nous n’adorons que Toi, et nous n’implorons d’aide qu’auprès de Toi, »