le serviteur n’éteint la braise de la colère et de la convoitise qu’au moyen des ablutions et de la prière : la passion est un feu que les ablutions éteignent, et la prière, lorsqu’elle est accomplie avec recueillement et que l’on se tourne sincèrement vers Allah, en efface tout effet. L’expérience suffit ici ; point n’est besoin d’autre preuve.
Dixième rempart : détourner les excès de regard, de parole, de nourriture et de fréquentations. C’est en effet par ces quatre portes que Satan s’empare du fils d’Adam et atteint son but. L’œil qui s’attarde suscite l’agrément, imprime l’image dans le cœur, accapare la pensée et nourrit le désir de possession.
L’origine de la tentation est donc un regard superflu, comme il est rapporté dans le Musnad que le Prophète ﷺ a dit : « Le regard est une flèche empoisonnée parmi les flèches d’Iblis. Quiconque baisse les yeux pour Allah, Allah lui accorde une douceur qu’il goûtera dans son cœur jusqu’au jour où il Le rencontrera » – ou des paroles de ce sens.
Ainsi, les grandes calamités ne naissent que d’un regard de trop. Combien de regards ont engendré des regrets, et quels regrets ! Comme le dit le poète :
« Tout malheur prend naissance dans le regard,
Et le plus vaste brasier jaillit d’une étincelle infime.
Combien de regards ont transpercé le cœur de leur auteur,
Tels des traits sans arc ni corde ! »
Un autre a dit :
« Si, quelque jour, tu lâches ton œil en éclaireur pour ton cœur,
Les spectacles finiront par t’épuiser ;
Tu verras ce dont tu ne pourras jamais t’emparer tout entier,
Ni même te passer de la moindre parcelle. »
Al-Mutanabbî a dit :
« Et moi, c’est mon regard qui m’attira la mort ;
Qui donc réclamera justice, quand la victime est l’assassin ? »
Et j’ai, parmi mes propres vers :
« Ô toi qui, avec ardeur, décoches les traits de ton regard,
C’est toi la victime de ton propre tir ; ne manque donc pas ta cible !
Celui qui lance son œil chercher la guérison,
Qu’il se garde : l’œil revient chargé d’attachement. »