En somme, le terme « an-nâs » (les hommes) ne vise que les fils d’Adam ; les djinns n’entrent donc pas dans sa portée. Il n’est dès lors pas recevable de prendre la clause « des djinns et des hommes » pour une précision apportée à l’énoncé « … dans les poitrines des hommes ». Cela est manifeste et ne souffre aucune ambiguïté.
Si l’on objecte : « Il n’y a là rien de problématique, puisque le Coran attribue déjà aux djinns le nom de “rijâl” (hommes). » — comme dans cette parole du Très-Haut (72 : 6) : « Il y avait des hommes parmi les humains qui cherchaient protection auprès d’hommes parmi les djinns » — et que, dès lors qu’on les qualifie d’« hommes », on pourrait aussi les appeler « an-nâs » ?
Je réponds : c’est précisément cette remarque qui a induit en erreur ceux qui soutiennent que, dans ce verset, « an-nâs » englobe les djinns et les humains. Or, l’appellation « hommes » leur est appliquée ici de façon restreinte, par contraste avec les hommes issus des humains ; rien n’autorise à en déduire que les vocables « an-nâs » ou « rijâl » leur conviendraient sans condition.
De même, lorsque tu dis : « un être humain de pierre » ou « un homme de bois », cela n’implique nullement que, sans autre précision, les mots « homme » ou « être humain » puissent désigner la pierre ou le bois.
Par ailleurs, ce n’est pas parce que le djinn peut être qualifié de « homme » qu’il peut l’être de « nâs ». En effet, les termes « nâs » et « djinns » sont antithétiques, tout comme « ins » (humains) et « djinns ». Le Coran oppose régulièrement ces deux couples, par exemple (55 : 33) : « Ô assemblée des djinns et des humains ! », ce qui est fréquent dans la Révélation. L’expression « des djinns et des hommes » procède de la même opposition : l’un ne saurait inclure l’autre. Rien de comparable avec le binôme « rijâl » et « djinns », qui n’est jamais employé comme deux pôles contraires ; on ne dit pas « les djinns et les hommes » comme on dit « les djinns et les humains ».
Ainsi, le verset constitue, à leur encontre, une preuve encore plus éclatante : les djinns ne rentrent pas dans le vocable « an-nâs », puisque le Texte met précisément les djinns en regard des hommes, montrant par là que l’un ne relève pas de l’autre.