c’est précisément pour cette raison qu’on les a appelés « djinns ».
On retrouve la même racine dans les expressions jannahu al-layl ou ajannahu : « la nuit l’a enveloppé », de même que dans ajanna al-mayyit : « il a recouvert le défunt en l’enfouissant dans la terre ».
Un poète a dit :
« Ne pleure pas un mort, après celui qu’ont enseveli
‘Alî, ‘Abbâs et la famille d’Abû Bakr »,
– il fait allusion au Prophète ﷺ.
De cette même racine provient janîn (le fœtus), parce qu’il est dissimulé dans le ventre de sa mère. Le Très-Haut dit : 53: 32 « … lorsque vous étiez des embryons dans les entrailles de vos mères ».
Il en va de même pour al-mijan (le bouclier), qui protège le combattant des armes de son adversaire ; pour al-jannah (le jardin), où l’on est caché par les arbres ; pour al-junnah (avec la voyelle u), c’est-à-dire tout ce qui met l’homme à l’abri des flèches et des armes ; et pour al-majnûn (le dément), car sa raison est voilée.
Quant au terme an-nâs, il présente avec al-ins une parenté phonétique et sémantique, et l’on peut établir entre eux une dérivation intermédiaire : les permutations des mêmes consonnes convergent vers une seule et même idée.
Al-ins et al-insân viennent de īnâs (la perception visuelle ou sensible). Ainsi dit-on : 28: 29 « Il aperçut, du côté du Mont, un feu », autrement dit : il le vit. Et encore : 4: 6 « Si vous discernez en eux une maturité… », c’est-à-dire si vous la sentez et la voyez.
L’homme a donc reçu le nom d’insân parce qu’il est yu’nasu, c’est-à-dire qu’il se laisse voir à l’œil.
Pour an-nâs, deux explications sont avancées :
- Certains y voient le renversement de ins ; cette hypothèse est faible, car l’inversion des lettres n’est pas la règle.
- L’opinion correcte est qu’il dérive de naws, le mouvement continuel. Les hommes ont été appelés nâs en raison de leur agitation extérieure et intérieure, tout comme on nomme un homme Hârith (« celui qui laboure ») ou Hammâm (« celui qui se propose d’agir »), deux noms que le Prophète ﷺ a déclarés « les plus véridiques », car chacun possède un dessein — point de départ — et une action — aboutissement.
Ainsi tout être humain est à la fois hârith et hammâm ; le labour et l’intention incarnent respectivement la motion visible et la motion cachée, ce qui correspond exactement au naws.
Le mot nâs vient donc originellement de naws ; la consonne wâw, mise en mouvement et précédée d’une voyelle fatha, s’est transformée en alif.
Telles sont les deux explications les plus célèbres de l’étymologie de « an-nâs ».