Al-Farrâʾ et plusieurs auteurs estiment qu’il s’agit là d’une précision concernant les « hommes » dans les poitrines desquels il insuffle ses suggestions. Autrement dit, le tentateur chuchote dans la poitrine d’êtres appartenant à la fois aux djinns et aux humains ; il existe donc deux catégories de cibles : les hommes et les djinns, et l’instigateur murmure au djinn comme il murmure à l’homme.
Selon cette interprétation, l’expression « parmi les djinns et parmi les hommes » doit être analysée comme un complément circonstanciel d’état (ḥâl). Pour les grammairiens basriens, ce groupe prépositionnel est « mağrūr après un nom défini » ; pour les koufiens, on le considère à l’accusatif parce qu’il est détaché du nom défini – telle est leur formulation. En clair, puisqu’il ne peut pas servir d’épithète à ce nom défini, on le sépare de lui, et sa place devient celle d’un ḥâl. Les Basriens, eux, le conçoivent explicitement comme un complément circonstanciel : « étant issus des djinns et des hommes ».
Cette explication est toutefois très faible pour plusieurs raisons :
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Rien ne prouve qu’un djinn soufflerait des suggestions dans la poitrine d’un autre djinn, y pénètrerait comme il le fait chez l’humain et y agirait de la même manière. Sur quelle preuve pourrait-on s’appuyer pour appliquer le verset à un tel cas ?
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Elle est également défectueuse sur le plan de l’expression : le texte dit « celui qui souffle dans les poitrines des hommes ». Comment expliquer « les hommes »… par « les hommes » ? Selon cette lecture, il faudrait comprendre : « il souffle dans les poitrines des hommes qui sont – ou qui se trouvent être – des djinns et des hommes ». Peut-on dire : « dans les poitrines des hommes qui sont des hommes et d’autres qu’eux » ? Une telle tournure est inadmissible et n’appartient pas à un usage élégant.
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Elle revient à diviser les hommes en deux classes : djinns et hommes. Or une chose ne peut pas être à la fois la totalité et l’une de ses propres subdivisions.
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Enfin, on n’emploie jamais le terme « hommes » pour désigner les djinns, ni sur le plan fondamental, ni par dérivation, ni dans l’usage. Les deux vocables s’excluent : les djinns doivent leur nom à la racine j-n-n, qui exprime l’idée de dissimulation, parce qu’ils sont cachés à la vue des êtres humains ; c’est précisément pour cette raison qu’on les a appelés « djinns ».