jusqu’à ce qu’il en vienne à les mépriser ; aussi l’homme qui commet un grand péché mais en demeure craintif est-il, au final, dans un état meilleur que lui.
Si le serviteur parvient encore à le déjouer à ce stade, le démon le fait passer au cinquième degré : l’occuper par des choses permises, neutres, qui n’apportent ni récompense ni blâme, mais dont l’issue est la perte de la récompense qu’il aurait pu engranger s’il avait employé ce temps à mieux.
Si, de ce cinquième degré encore, le serviteur se met hors d’atteinte — veillant jalousement sur ses instants, avare de chaque souffle, conscient que chacun d’eux, une fois écoulé, ne revient plus et qu’il trouvera en regard soit délice, soit tourment —, Satan le transporte au sixième degré : le préoccuper par une œuvre valable mais de moindre valeur, afin de l’écarter de ce qui est supérieur. Il lui suggère alors un bien secondaire, l’y encourage avec insistance et le lui embellit, dès lors que cela implique l’abandon d’un bien plus éminent. Rares sont ceux qui remarquent ce stratagème ; sitôt qu’ils ressentent un élan fort vers une forme d’obéissance, ils n’imaginent pas qu’il puisse venir du démon — « Satan n’ordonne pas le bien », pensent-ils. Voyant là une bonne chose, ils concluent : « Cette incitation vient d’Allah. »
L’erreur leur est pardonnable ; leur science ne va pas jusqu’à savoir que Satan peut ouvrir soixante-dix portes du bien, soit pour conduire, par elles, à une seule porte du mal, soit pour faire manquer un bien plus grand, plus noble et plus méritoire que ces soixante-dix portes réunies.
On n’accède à cette clairvoyance qu’au moyen d’une lumière qu’Allah projette dans le cœur du serviteur ; elle naît de la fidélité absolue à la voie du Messager ﷺ et d’un soin jaloux des degrés des œuvres auprès d’Allah : lesquelles Il aime le plus, lesquelles Il agrée le mieux, lesquelles profitent le plus au serviteur et offrent le conseil le plus large à l’égard d’Allah, de Son Messager, de Son Livre et des croyants, qu’ils soient d’élite ou simples gens. Nul ne le perçoit si ce n’est un héritier du Messager ﷺ, son représentant dans la communauté et son successeur sur terre. La plupart des créatures en sont voilées ; l’idée même ne frôle pas leurs cœurs. Pourtant, Allah, par pure grâce, en gratifie qui Il veut parmi Ses serviteurs.
Si, enfin, le serviteur met Satan en échec dans ces six degrés et le réduit à l’impuissance, le démon lâche alors sa cohorte d’hommes et de djinns : ils le tourmentent par toutes sortes d’atteintes, l’accusent d’impiété, d’égarement, d’innovation, mettent les gens en garde contre lui et s’emploient à l’étouffer, à l’éteindre, afin de troubler son cœur, d’absorber son esprit dans cette lutte et d’empêcher les gens