des troupes à sa recherche. Le diable leur dépêche alors des renforts et des auxiliaires ; s’ils faiblissent, il les ranime, et s’ils mollissent, il les bouscule. Ainsi qu’Allah – Très-Haut – l’a dit : « Ne vois-tu pas que Nous avons lâché les démons contre les négateurs pour les exciter sans relâche ? » (19 : 83) ; c’est-à-dire qu’ils les poussent avec violence vers la désobéissance.
Chaque fois donc qu’ils se relâchent ou se lassent, les démons les secouent, les attisent et les soulèvent. Ils ne cessent de guider le serviteur vers la faute, organisant la réunion des complices avec la ruse la plus subtile et la plus aboutie. Iblîs a ainsi consenti à devenir le chef des pervers parmi les fils d’Adam, lui qui pourtant s’était enorgueilli et avait refusé de se prosterner devant leur père ; ni son arrogance ni sa superbe ne l’ont empêché de devenir l’entremetteur de quiconque désobéit à Allah. Comme l’a dit l’un des poètes :
Je m’étonne d’Iblîs dans son orgueil,
Et de l’ignoble arrogance qu’il a montrée :
Il refusa pour Adam une seule prosternation,
Puis se fit proxénète de toute sa lignée !
La racine de toute désobéissance et de tout fléau n’est autre que la suggestion (waswasa). C’est pourquoi le Coran le décrit par ce trait, afin que la demande de protection contre son mal prime sur toute autre, même si son mal en dehors de la suggestion existe également.
Parmi ses méfaits encore : c’est un voleur qui dérobe les biens des hommes. Tout aliment ou toute boisson sur lequel le nom d’Allah n’a pas été prononcé lui offre une part qu’il emporte. De même, lorsqu’on n’évoque pas le nom d’Allah en entrant dans une maison, il y passe la nuit : il mange la nourriture des humains sans leur permission et s’installe chez eux sans y être convié. Il entre en voleur et sort en pillard, dévoile leurs secrets, ordonne au serviteur le péché, puis insuffle dans le cœur des gens, à l’état d’éveil comme en rêve, qu’Untel a fait ceci ou cela.
Ainsi arrive-t-il qu’un serviteur commette une faute à l’abri des regards et, le lendemain, les gens en parlent déjà. Rien n’explique cela sinon que le diable avait embelli ce péché pour lui, l’avait jeté dans son cœur, puis l’avait soufflé aux gens : il l’a d’abord poussé à la faute, puis l’a déshonoré en la divulguant.
Le Seigneur, exalté soit-Il, le couvre de Son voile, tandis que Satan s’emploie à en arracher la couverture et à l’étaler au grand jour. Le serviteur se leurre et se dit : « Cette faute, nul ne l’a vue hormis Allah », sans se rendre compte que son ennemi s’active à la propager et à l’exposer. Rares sont ceux qui prêtent attention à cette subtile réalité.