Un groupe d’exégètes a avancé que « al-khannâs » désigne l’astre « râjiʿa », celui qui, chaque nuit, revient vers l’Orient ; il s’agirait, selon eux, des sept planètes errantes.
Ils expliquent que le sens premier de khunūs est le « retour en arrière » ; al-khannâs conjugue donc deux idées : se cacher et revenir, se tenir en retrait. Lorsque le serviteur néglige le rappel d’Allah, le démon s’abat sur son cœur, s’y installe et y sème toutes sortes de tentations, racine de tous les péchés. Mais que le serviteur évoque son Seigneur et cherche refuge auprès de Lui, le démon se replie et se contracte, comme un être qui se ramasse pour disparaître. Ce retrait est à la fois contraction, recul et éloignement : il se retire du cœur vers l’extérieur, en se dissimulant.
Les verbes khanasa et inkhanasa contiennent ainsi ces deux sens à la fois. Qatâda a dit : « Le khannâs possède une trompe semblable à celle du chien, plantée dans la poitrine de l’homme ; dès que celui-ci se souvient de son Seigneur, il se rétracte. » On dit encore : « Sa tête est pareille à celle du serpent ; il la pose sur le noyau du cœur, flattant l’homme de vains espoirs et le sollicitant. Quand Allah est rappelé, il se retire ; quand Allah ne l’est pas, il revient, pose de nouveau sa tête, lui souffle ses suggestions et le berce d’illusions. »
Le texte emploie donc la forme hyperbolique faʿʿāl, khannâs, plutôt que les participes khânis ou munkhanis, pour signaler l’extrême rapidité de sa fuite et l’intensité de son aversion lorsque Allah est cité ; tel est son état permanent, non un phénomène ponctuel. À chaque rappel d’Allah il s’enfuit, se replie, recule, car la mention d’Allah est le gourdin qui l’assomme, tout comme on dompte un malfaiteur à coups de fouet, de barres de fer ou de bâtons. Le rappel d’Allah terrasse le démon, le fait souffrir et le blesse, à l’image des coups qui meurtrissent celui qu’ils frappent.
Aussi le démon qui accompagne le croyant est-il maigre, chétif et exténué : le croyant ne cesse de le tourmenter et de le réduire par le rappel d’Allah et par l’obéissance. D’après une parole transmise de certains Anciens, « le croyant épuise son démon comme un homme épuise sa monture au long d’un voyage ; chaque fois qu’il le rencontre, il l’abreuve des coups de fouet du rappel et de l’orientation… »