comme un nom propre, si bien que l’omission du substantif qualifié devient même élégante : ainsi al-muslim (le musulman), al-kâfir (l’infidèle), al-barr (le vertueux), al-fâjir (le dépravé), al-qâṣî (l’éloigné), ad-dânî (le proche), ash-shâhid (le témoin), al-wâlî (l’autorité), et autres. Ici, taire le substantif vaut mieux que le mentionner.
Cette nuance est préférable à l’opinion de ceux qui, sans distinguer les cas, interdisent purement et simplement la suppression du terme qualifié.
Parmi les indices établissant que al-waswâs est un qualificatif et non un nom d’action (maṣdar) figure le fait que, sur le gabarit faʿlāl, l’usage adjectival l’emporte, comme on l’a vu. Si l’on avait voulu le maṣdar, on l’aurait annexé à ce dont il dépend (« la tentation de… ») afin de lever l’ambiguïté et de confirmer son statut de nom d’action. Chaque fois qu’un mot supporte équitablement deux acceptions, il faut en effet un indice contextuel qui tranche ; à plus forte raison lorsque la valeur descriptive est déjà dominante.
Il n’en va pas de même pour ṣawm (jeûne), fiṭr (rupture du jeûne) et assimilés : ce sont des maṣdars qui ne se confondent pas avec des adjectifs.
Lorsque de tels termes jouent le rôle d’épithètes, on sait qu’il y a soit ellipse du premier terme de l’annexion, soit assimilation hyperbolique du maṣdar à l’adjectif, selon les deux procédés bien connus.
Il faut donc conclure que « al-waswâs » désigne le démon lui-même : c’est une entité, non un nom d’action. Allah sait mieux.
Section
Quant à al-khannâs, le mot relève de la forme faʿʿāl et provient du verbe khanasa, yakhnasu : « se retirer, se dissimuler ». Abû Hurayra rapporte ainsi : « Le Prophète ﷺ me rencontra dans l’une des ruelles de Médine alors que j’étais en état d’impureté majeure ; je me dérobai donc à lui (fanakhnastu). »
Le terme implique un effacement faisant suite à une apparition, et non une simple dissimulation. C’est pourquoi les astres sont qualifiés ainsi dans la parole d’Allah, 81:15 : « Non ! Je jure par les astres qui se retirent. » Qatâda a dit : « Ce sont les étoiles qui apparaissent la nuit et se retirent le jour, disparaissant à la vue. » ʿAlî – qu’Allah l’agrée – a tenu le même propos : « Ce sont les astres qui se retirent le jour et ne sont plus visibles. »