S’agissant de l’usage adjectival, on dira : « une femme ṣawm, deux femmes ṣawm, des femmes ṣawm », car l’idée sous-entendue est « détentrice de ṣawm (jeûne) », « toutes deux détentrices de jeûne », « celles qui détiennent le jeûne ». Or le schème faʿlāl, lorsqu’il sert d’adjectif, ne se comporte pas ainsi ; il se met au duel, au pluriel et marque le féminin. On dira donc : un homme tharthār, une femme tharthāra, des hommes tharthārūn. Dans le ḥadith on lit : « Les plus détestables d’entre vous à mes yeux sont les tharthārūn al-mutafayhiqūn (les bavards affectés). » De même l’on dit : un vent raqrāqa – c’est-à-dire qui fait frémir les arbres –, un vent safsāfa – qui tamise la poussière –, une cotte de mailles faḍfāḍa, c’est-à-dire ample.
Dans tous ces exemples, le verbe est sur la forme faʿlala, et le maṣdar sur faʿlala ou faʿlāl (avec kasra) ; jamais on n’y trouve faʿlāl (avec fatḥ). Ainsi encore : tamtām et faʾfāʾ (bègues), laḍlaḍ (habile à guider), fajfāj (très bavard), harhār (rieurs), kahkāh, waṭwāṭ (faible), ḥaḥḥāsh, ʿasʿās (léger) ; la liste est longue. Pour tous, le maṣdar est faʿlala, tandis que l’adjectif relève du gabarit faʿlāl (avec fatḥ). Même phénomène pour : hafhāf (maigre), dahdāḥ (petit), bajbāj (massif), takhtāj (bégayant), shamsām (rapide), un objet khashkhāsh ou qaʿqāʿ (bruyant), un lion qaḍqaḍ (broyeur), une vipère naḍnāḍ dont la langue s’agite.
Tu constates donc que, dans tous ces cas, faʿlāl sert d’adjectif et non de nom d’action ; pourquoi dès lors exclure waswās de ses congénères et du principe propre à ce gabarit ?
Il s’ensuit que waswās est un qualificatif, non un maṣdar, à l’instar de tharthār, tamtām, dahdāḥ et assimilés.
Un autre indice le confirme : le terme est accolé à un mot qui ne peut être qu’un adjectif et nullement un maṣdar, à savoir al-khannās (le furtif). Ainsi al-waswās et al-khannās sont deux épithètes dont le substantif est sous-entendu : le démon.
La suppression de ce substantif est ici justifiée par la prépondérance de l’épithète, au point qu’elle fonctionne comme un nom propre.
Omettre le substantif ne devient répréhensible que lorsque l’attribut est commun et prêterait à confusion – « grand », « laid », « beau » et semblables –, auquel cas il faut citer le qualifié pour lever l’ambiguïté.
Mais lorsque l’attribut est prédominant, spécifique et n’entraîne aucune équivoque, on le traite