Huitième cause : l’aumône et la bienfaisance, autant que possible. Leur effet est prodigieux pour repousser l’épreuve, le mauvais œil et la malveillance de l’envieux. Les leçons tirées de l’expérience des peuples, anciens comme contemporains, suffiraient à en faire foi : il est presque impossible que le mauvais œil, l’envie ou tout autre préjudice s’abatte sur un bienfaiteur généreux ; et si cela devait se produire, la mansuétude, le secours et l’appui divins l’accompagneraient, si bien que l’issue lui serait, à coup sûr, favorable.
Ainsi, le bienfaiteur qui fait l’aumône est sous la garde de sa propre bienfaisance ; Allah dresse pour lui un bouclier protecteur, une forteresse inexpugnable.
En somme, la gratitude est la sentinelle du bienfait : elle le préserve de tout ce qui pourrait entraîner sa disparition.
Parmi les causes les plus puissantes de la perte des bienfaits figure l’envie de l’envieux et l’atteinte de celui qui lance le mauvais œil. Ces derniers ne se lassent ni ne fléchissent ; leur cœur ne se refroidit que lorsque le bienfait disparaît de chez la personne enviée. Alors seulement leurs plaintes se calment et leur feu s’éteint – qu’Allah ne l’éteigne pas ! Jamais un serviteur ne protège la grâce d’Allah mieux qu’en Lui rendant grâce, et jamais il ne l’expose davantage à la disparition qu’en l’utilisant pour Lui désobéir : c’est là ingratitude envers le bienfait et porte ouverte à l’ingratitude envers le Bienfaiteur.
Le bienfaiteur qui fait l’aumône enrôle, à son insu, des soldats et une armée qui combattent pour lui pendant qu’il dort sur son lit. Celui qui n’a ni soldats ni armée, alors qu’il a un ennemi, sera bientôt terrassé par cet ennemi – fût-ce après un délai. Et c’est d’Allah que vient l’aide.
Neuvième cause – la plus pénible pour l’âme et la plus difficile à assumer, de sorte qu’elle n’est accordée qu’à celui qui jouit d’une part immense auprès d’Allah : éteindre le feu de l’envieux, de l’injuste et du malfaisant par la bienfaisance à son égard. Plus il multiplie le mal, l’injustice et l’envie, plus tu accrois ta bienfaisance envers lui, tes conseils pour lui et ta compassion à son endroit. Je doute que tu croies cela possible, a fortiori que tu t’y emploies.
Écoute donc la parole divine (41:34-36) : « La bonne action et la mauvaise ne sauraient être égales. Repousse [le mal] par ce qui est meilleur ; et voilà que celui qui entretenait envers toi une inimitié devient comme un ami chaleureux. »