Cinquième moyen : libérer son cœur de toute préoccupation à propos du jaloux, cesser de penser à lui et s’employer à l’effacer de son esprit chaque fois qu’il y surgit ; ne pas se retourner vers lui, ne pas le craindre et ne pas remplir son cœur de pensées à son sujet.
C’est là l’un des remèdes les plus utiles et l’une des causes les plus puissantes pour repousser son mal. La chose ressemble à un homme que son ennemi poursuit afin de le saisir et de lui nuire : s’il ne s’expose pas à lui, ne se laisse pas saisir et se tient à l’écart, l’ennemi est impuissant. Mais qu’ils se saisissent et s’agrippent l’un l’autre, le mal éclate ; il en est de même pour les âmes.
Ainsi, si la victime accroche son âme à celle du jaloux oppresseur, tandis que l’âme de ce dernier demeure attachée à lui, de jour comme de nuit, sans relâche – car il ne souhaite rien tant que la fusion de ces deux âmes –, alors, une fois liées, elles n’ont plus de repos ; le mal persiste jusqu’à ce que l’un des deux périsse. Mais si la victime retire son âme de la sienne, la protège de toute pensée à son sujet et de tout attachement, et, lorsqu’il vient à l’esprit, s’empresse d’effacer cette idée et de s’occuper de ce qui lui est plus utile et plus digne, le jaloux oppresseur se consume lui-même ; car l’envie est comme le feu : lorsqu’elle ne trouve rien à dévorer, elle se dévore elle-même.
Voici donc un domaine d’une immense utilité, qu’atteignent seulement les âmes nobles et les ambitions élevées. Même pour l’homme le plus avisé, il reste un intervalle entre lui et cette réalité tant qu’il n’en a pas goûté la douceur, la saveur et le délice ; alors il considère que l’un des pires tourments du cœur et de l’esprit consiste à se préoccuper de son ennemi et à y attacher son âme, et rien n’est plus douloureux pour lui que cela. N’y croient que les âmes apaisées, paisibles et souples, qui se sont satisfaites de la procuration d’Allah en leur faveur et ont compris que Son secours leur est préférable à la victoire qu’elles pourraient remporter par elles-mêmes.
Ces âmes ont mis leur confiance en Allah, se sont reposées sur Lui, ont trouvé la sérénité auprès de Lui et savent que Sa garantie est vérité, que Sa promesse est véridique, que nul n’est plus fidèle à son engagement qu’Allah ni plus véridique que Lui en parole.
Elles ont donc compris que le secours qu’Il leur accorde est plus fort, plus solide, plus durable et plus profitable que celui qu’elles pourraient se procurer elles-mêmes ou qu’un autre créé, semblable à elles, pourrait leur apporter. Or, nul ne peut accéder à cet état qu’au moyen du sixième remède :
à savoir de se tourner vers Allah, de Lui vouer une sincérité absolue, et de faire de Son amour, de Son agrément et du retour résolu vers Lui