Il subsiste toutefois une catégorie de maux qui relève exclusivement des démons parmi les djinns : l’insinuation secrète au cœur. C’est à propos de celle-ci qu’est révélée l’autre sourate, sur laquelle nous reviendrons, si Allah le veut.
L’envieux et le sorcier, quant à eux, nuisent à la personne jalousée ou ensorcelée sans que celle-ci n’ait posé aucun acte ; il s’agit pour elle d’un tort qui lui est infligé de l’extérieur, en vertu d’un décret porté contre elle. C’est pourquoi, dans la sourate al-Falaq, les deux maux ont été mentionnés séparément.
L’insinuation, en revanche, ne blesse le serviteur que de l’intérieur ; elle ne produit ses effets que parce qu’il lui ouvre l’accès et l’accepte. De là vient que l’homme est châtié pour le mal dont le démon le corrompt lorsque ces suggestions s’accompagnent d’actes et d’une résolution ferme, car tout cela procède de son propre effort et de sa volonté. Il n’en va pas de même pour le mal causé par l’envieux ou le sorcier : le serviteur n’en est pas comptable, puisque ce mal n’est rattaché ni à son acquis ni à son intention. Voilà pourquoi le mal du démon se trouve isolé dans une sourate, tandis que celui du sorcier et de l’envieux est réuni dans une autre.
Le Coran associe d’ailleurs fréquemment l’envie à la sorcellerie, tant ces deux fléaux se correspondent. C’est la raison pour laquelle les Juifs furent le peuple le plus versé dans la magie et le plus enclin à l’envie ; leur perversité extrême a fait d’eux ceux qui possèdent le plus d’envie et de sorcellerie. Allah les a décrits dans Son Livre sous ces deux aspects lorsqu’Il dit (Coran 2 : 102) :
« Ils suivirent ce que les démons récitaient sous le règne de Salomon. Salomon n’a pas mécru, mais les démons, eux, ont mécru : ils enseignaient aux gens la sorcellerie, ainsi que ce qui avait été révélé aux deux anges Hârût et Mârût à Babylone. Ceux-ci n’enseignaient rien à personne sans lui dire au préalable : “Nous ne sommes qu’une tentation ; ne sois donc pas mécréant !” Et les hommes apprenaient d’eux de quoi séparer l’homme de son épouse. Or ils ne pouvaient nuire à personne qu’avec la permission d’Allah. Ils apprenaient ce qui leur faisait du tort et ne leur était d’aucun profit ; ils savaient bien que celui qui acquiert pareille pratique n’aura aucune part dans l’au-delà. Quel détestable troc que celui par lequel ils ont vendu leurs âmes, s’ils savaient ! »
L’exposé des secrets de ce verset, des règles qu’il renferme, de la réfutation de ceux qui nient la réalité de la sorcellerie, ainsi que de la distinction qu’il établit entre sorcellerie et miracles – distinction que certains ont contestée de peur qu’on les confonde – a été traité ailleurs, car ce verset contient la plus éclatante clarification à ce sujet.
Or notre propos présent consiste à dévoiler les secrets des deux sourates protectrices, à montrer combien les créatures en ont impérieusement besoin et en quoi nulle autre récitation ne saurait les remplacer.