N’eût été la sauvegarde et la protection d’Allah, ils l’auraient atteint. Cet effet est encore plus redoutable que le regard du lanceur de mauvais œil ; il relève même de cette même catégorie de regards. Ainsi, celui qui dit qu’il s’agit d’une atteinte par le mauvais œil vise ce sens, tandis que celui qui le nie entend par là que leur regard n’était pas un regard d’admiration ou d’émerveillement. Or le Coran dit vrai.
Al-Tirmidhî rapporte, d’après Abû Saʿîd, « que le Prophète ﷺ cherchait refuge contre l’œil humain ». Si le mauvais œil n’avait rien de néfaste, il ne s’en serait pas protégé.
Le même recueil transmet, par la chaîne ʿAlî b. al-Mubârak – Yahyâ b. Abî Kathîr – Ḥâbis b. Ḥabba al-Tamîmî – son père, que ce dernier a entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : « Il n’y a rien dans les présages des oiseaux, et le mauvais œil est une réalité. »
Toujours chez al-Tirmidhî, Wahîb rapporte d’après Ibn Ṭâwûs, d’après son père, d’après Ibn ʿAbbâs : « Le Messager d’Allah ﷺ disait : “Si quelque chose devait devancer le décret, ce serait le mauvais œil. Et lorsque l’on vous demande de vous laver, alors lavez-vous.” » Il existe, dans ce chapitre, un hadith similaire rapporté par ʿAbd Allah b. ʿAmr ; ce hadith est authentique.
En somme, le lanceur de mauvais œil est un envieux d’un genre particulier ; il est même plus nocif que l’envieux ordinaire. C’est donc – et Allah sait mieux – la raison pour laquelle la sourate mentionne les envieux sans nommer explicitement les auteurs du mauvais œil : l’envie est plus générale. En effet, tout lanceur de mauvais œil est forcément envieux, alors que tout envieux ne jette pas forcément le mauvais œil. Ainsi, lorsque l’on sollicite la protection contre le mal de l’envieux, celui du lanceur de mauvais œil est compris. Tel est l’ampleur, l’inimitabilité et l’éloquence du Coran.
L’essence même de l’envie consiste à détester la grâce qu’Allah accorde à autrui et à souhaiter qu’elle disparaisse. L’envieux est donc l’ennemi des bienfaits ; ce mal émane de sa propre nature, il n’est pas acquis de l’extérieur, mais jaillit de sa vilenie et de sa perversité. La sorcellerie, en revanche, nécessite l’apprentissage de procédés particuliers et le recours aux esprits démoniaques. C’est – et Allah sait mieux – pourquoi la sourate associe le mal de l’envieux à celui du sorcier : demander protection contre ces deux maux englobe tout mal susceptible de provenir des démons, qu’ils soient humains ou djinns. En vérité, l’envie appartient à ces deux sortes de démons, et la sorcellerie également.