au point qu’ils perçoivent la chose autrement qu’elle n’est en réalité ; or il ne s’agit là que d’une altération de leur perception. Qu’est-ce qui empêcherait, dès lors, que cette influence se manifeste aussi dans certains états, facultés ou dispositions de leur personne ? Quelle différence y a-t-il entre une modification qui atteint la vue et une autre qui touche l’une quelconque des qualités de l’âme ou du corps ? Si le sorcier parvient à troubler la sensation de l’ensorcelé au point que celui-ci voit immobile ce qui se meut, séparé ce qui est uni, vivant ce qui est mort, qu’est-ce qui l’empêcherait de modifier également ses penchants, faisant haïr ce qu’il aimait, aimer ce qu’il haïssait, et produisant d’autres effets semblables ?
À propos des magiciens de Pharaon, Allah — qu’Il soit exalté — a dit : « Ils ensorcelèrent les yeux des gens, leur inspirèrent la crainte et produisirent une magie prodigieuse » (7 : 155). Le Très-Haut précise ainsi que ce sont les yeux qui furent ensorcelés.
Cette illusion peut provenir, premièrement, d’un changement réel survenu dans l’objet regardé : les cordes et les bâtons. Les magiciens peuvent avoir sollicité l’aide d’esprits — en l’occurrence des démons — qui les ont mis en mouvement, si bien que les spectateurs ont cru qu’ils bougeaient d’eux-mêmes. C’est comme lorsqu’un être invisible tire un tapis : on voit le tapis se déplacer sans apercevoir celui qui le tire, bien que ce soit lui qui le mette en mouvement. De la même façon, les démons s’emparent des cordes et des bâtons, les retournent et les agitent comme des serpents ; l’observateur s’imagine alors qu’ils se meuvent par leur propre force, alors que ce sont les démons qui les remuent.
Deuxièmement, la modification peut se produire chez le spectateur lui-même : il voit les cordes et les bâtons s’agiter alors qu’en réalité ils demeurent immobiles. Il ne fait aucun doute que le sorcier utilise l’une et l’autre méthode : tantôt il agit sur la perception de l’assistant pour lui montrer la chose autrement qu’elle n’est, tantôt il agit sur l’objet en invoquant l’appui des esprits démoniaques qui le manipulent effectivement.
Quant à l’explication avancée par les négateurs — à savoir que les magiciens auraient introduit dans les cordes et les bâtons quelque substance, tel le mercure, qui les aurait fait se mouvoir et marcher — elle est fausse à bien des égards. Si tel avait été le cas, il ne s’agirait pas ici d’une vision illusoire mais d’un mouvement réel ; ce ne serait plus un « ensorcellement des regards », et l’on ne parlerait plus de sorcellerie, mais d’un simple procédé artisanal parmi d’autres. Or Allah dit : « Leur magie faisait paraître à Moïse leurs cordes et leurs bâtons comme s’ils se mettaient à ramper » (20 : 66). Si, comme le prétendent les négateurs, ces objets s’étaient déplacés par une ruse mécanique, il n’y aurait là rien qui relève de la magie ; cela saute aux yeux.