Cette réponse est d’une extrême faiblesse.
Un autre groupe – parmi lesquels Ibn Jarîr – a avancé que le terme masḥûr désignerait ici celui à qui l’on a enseigné la magie ; masḥûr signifierait alors « sorcier », c’est-à-dire quelqu’un qui connaît le saḥr. Cette explication ne serait valable que si la langue arabe la soutenait, c’est-à-dire si l’on disait effectivement d’une personne à qui l’on a appris la magie qu’elle est masḥûr. Or, une telle tournure est presque inconnue, tant dans l’usage que dans les dictionnaires : le masḥûr, par définition, est celui sur qui autrui a exercé la sorcellerie, au même titre que l’on dit maṭbûb (« empoisonné »), maḍrûb (« frappé »), maqtûl (« tué ») et autres formes analogues. Quant à celui qui a appris la magie, on l’appelle sâḥir, au sens de « versé dans la sorcellerie », même s’il ne l’applique sur personne. Ainsi les notables du Pharaon dirent de Moïse : « Cet homme est certes un grand sorcier » (7:109). Le Pharaon l’accusait donc d’être ensorcelé (masḥûr), tandis que son propre entourage l’accusait d’être sorcier (sâḥir).
La réponse correcte est donc la troisième, défendue par l’auteur du Kashshâf et d’autres : masḥûr doit être pris dans son sens propre ; il désigne celui qu’un sort a rendu fou. Ils l’ont qualifié de masḥûr comme ils l’auraient qualifié de majnûn, c’est-à-dire privé de raison, incapable de comprendre ses propres paroles. Le masḥûr qu’on refuse de suivre est celui dont l’esprit est corrompu au point qu’il ne sait plus ce qu’il dit ; il est assimilé au fou. C’est pourquoi ils ont dit à son sujet : « Un homme instruit, un possédé » (44:14).
Quant à une atteinte purement physique, une maladie que tout un chacun peut contracter, elle n’empêcherait nullement qu’on le suive. Les ennemis des messagers ne les ont donc pas diffamés en leur imputant des maladies corporelles ; ils leur ont plutôt collé des accusations propres à dissuader les esprits simples : ils auraient été ensorcelés au point de ne plus savoir ce qu’ils disaient, semblables aux insensés.
Ainsi le Très-Haut a-t-Il déclaré : « Regarde comme ils t’exposent des paraboles ! Ils se sont égarés et sont incapables de trouver le moindre chemin » (17:48). Ils t’ont comparé tour à tour à un poète, à un sorcier, à un fou puis à un ensorcelé. Ils se sont fourvoyés comme quelqu’un qui, perdu et perplexe, cherche une voie sans jamais la trouver : quel que soit le sens qu’il prenne, il ne rencontre que confusion et égarement. Il reste désemparé, incapable de discerner la bonne route, encore moins de l’emprunter.
Telle fut l’attitude des ennemis du Messager d’Allah ﷺ : ils lui ont forgé des comparaisons dont Allah l’a innocenté.