sauf une eau brûlante et un liquide glacial.
Ibn ʿAbbâs dit : « Il s’agit du zamharîr, un froid si intense qu’il les consume par sa morsure, tout comme le feu les consume par sa chaleur. » Mujâhid et Muqâtil déclarent de même : « C’est un froid poussé à son paroxysme. »
Il n’y a là aucune contradiction : la nuit est à la fois froide et obscure ; celui qui ne mentionne que son froid, ou que ses ténèbres, ne fait qu’insister sur l’un de ses deux traits. Or, dans ce verset, l’obscurité convient mieux au contexte de la demande de protection : le mal qui accompagne les ténèbres appelle davantage à ce refuge que le simple froid nocturne. C’est pourquoi l’on cherche refuge auprès du Seigneur de l’aube, source de lumière, contre le mal du ghâsiq, c’est-à-dire l’obscurité ; ainsi l’attribut invoqué correspond-il parfaitement au sens de la supplication, comme nous le préciserons sous peu, si Allah le veut.
Objection : « Que faites-vous alors du ḥadith rapporté par at-Tirmidhî, d’après Ibn Abî Ḏhi’b – al-Ḥârith b. ʿAbd ar-Raḥmân – Abû Salama – ʿÂ’icha ? Celle-ci raconte : “Le Prophète ﷺ prit ma main, regarda la lune et dit : Ô ʿÂ’icha, demande protection auprès d’Allah contre le mal de cet astre, car c’est lui le ghâsiq lorsqu’il plonge.” At-Tirmidhî précise : ‘Ce ḥadith est ḥasan ṣaḥîḥ.’ Ne faut-il pas alors s’en tenir exclusivement à cette interprétation ? »
Réponse : Cette explication est juste et n’invalide nullement la précédente ; au contraire, elle la conforte. Allah – Très-Haut – dit : « Nous avons fait de la nuit et du jour deux signes ; Nous avons effacé le signe de la nuit et rendu visible le signe du jour » (17 : 12). Or, la lune est le signe de la nuit et son souverain ; elle est donc, elle aussi, « ghâsiq lorsqu’elle plonge », tout comme la nuit l’est. Le Prophète ﷺ a simplement indiqué que la lune relevait de cette appellation ; son propos, d’une véracité absolue, n’exclut pas que le terme s’applique également à la nuit. Le fait qu’il l’ait citée de manière spécifique ne limite pas la portée du mot aux seuls rayons lunaires.
On trouve un parallèle dans cette réponse du Prophète ﷺ, interrogé sur « la mosquée fondée sur la piété » : « C’est cette mosquée-ci », répondit-il, en désignant la sienne. Nul n’ignore pourtant que la mosquée de Qubâ’ fut, elle aussi, fondée sur la piété.