Réfléchis donc : laquelle de ces deux explications convient le mieux au hadith ? Chacune possède un certain poids, mais le premier avis l’emporte en ceci que l’origine des mauvaises œuvres réside dans le mal de l’âme ; or le mal de l’âme engendre les actes blâmables. Le Prophète ﷺ s’est donc réfugié contre la disposition perverse de l’âme et contre les actes qui découlent de cette disposition. Ces deux éléments forment la totalité du mal et la cause de toute souffrance ; quiconque en est préservé est préservé du mal dans son ensemble.
Le second avis se recommande, lui, par le fait que les mauvaises œuvres constituent des châtiments qui affligent leur auteur, tandis que leur cause est, là encore, le mal de l’âme. Il sollicite ainsi protection contre les peines et douleurs, ainsi que contre leurs causes.
En réalité, les deux lectures se tiennent ; se mettre à l’abri de l’une équivaut à se mettre à l’abri de l’autre.
Section
Le mal possède en effet une cause – son point de départ – et un lieu d’arrivée. Cette cause peut provenir de la personne elle-même ou d’une source extérieure, et son aboutissement peut frapper l’individu ou autrui. Quatre situations se présentent donc :
- un mal dont la source est soi-même et qui revient sur soi ;
- un mal dont la source est soi-même et qui atteint autrui ;
- un mal dont la source est extérieure et qui retombe sur soi ;
- un mal dont la source est extérieure et qui atteint autrui.
Le Prophète ﷺ a réuni ces quatre positions dans l’invocation qu’il enseigna au Véridique (Abû Bakr) – à réciter au matin, au soir et avant de s’endormir :
« Allâhumma Fâtir as-samâwât wa-l-ard, ‘Âlim al-ghaybi wa-sh-shahâda, Rabb kulla shay’in wa-malîkah, ash-hadu an lâ ilâha illâ Anta. A‘ûdhu bika min sharri nafsî wa sharri shayṭân wa shirkih, wa an aqtarifa ‘alâ nafsî sû’an, aw ajurrahu ilâ muslim »
(Ô Allah, Créateur des cieux et de la terre, Connaisseur de l’invisible et du visible, Seigneur et Souverain de toute chose ; j’atteste qu’il n’est de divinité que Toi. Je cherche refuge auprès de Toi contre le mal de mon âme, contre le mal du diable et de ses tentations d’association, contre le fait de commettre un tort envers moi-même ou de l’infliger à un musulman).
Ainsi, le Prophète a mentionné les deux sources du mal – l’âme et Satan –, puis les deux lieux où il aboutit : qu’il retombe sur soi ou qu’il atteigne son frère musulman. En quelques mots d’une concision inégalée, ce hadith regroupe donc les sources du mal et leurs issues de la manière la plus claire et la plus complète.