une souffrance, soit une cause qui y conduit. Ainsi, à la fin de la prière, il demandait refuge contre quatre choses et ordonnait d’en faire autant : « le châtiment de la tombe et le châtiment du Feu » – ce sont les deux tourments les plus douloureux –, « l’épreuve de la vie et de la mort, et la tentation du faux Messie, l’Antéchrist ». Ces deux dernières constituent la cause des châtiments douloureux, car l’épreuve précède toujours le châtiment. Le Prophète a donc mentionné expressément la tentation et en a distingué les deux formes : celle qui se produit durant la vie et celle qui survient après la mort. L’épreuve de la vie peut différer le châtiment quelque temps, tandis que l’épreuve post-mortem est immédiatement suivie d’un châtiment sans délai. L’invocation revient donc, en définitive, à demander protection contre la douleur, contre le châtiment et contre leurs causes.
Il s’agit là de l’une des invocations les plus appuyées de la prière : certains savants anciens et postérieurs ont estimé qu’il fallait répéter la prière si l’on omettait de la prononcer lors du dernier tachahhud. Ibn Ḥazm l’a même jugée obligatoire dans chaque tachahhud ; à défaut, la prière serait, selon lui, invalide.
Relève également de ce registre la parole du Prophète : « Ô Allah, je cherche protection auprès de Toi contre l’inquiétude et la tristesse, l’incapacité et la paresse, la lâcheté et l’avarice, l’oppression de la dette et la domination des hommes. » Il implore ainsi refuge contre huit choses, groupées par paires.
L’inquiétude et la tristesse forment la première paire : toutes deux sont des souffrances de l’âme. L’inquiétude est l’anticipation d’un mal futur, tandis que la tristesse est la douleur provoquée par un mal déjà survenu ou par la perte d’un bien. Si la douleur se rapporte au passé, on l’appelle tristesse ; si elle se rapporte à l’avenir, on l’appelle inquiétude.
L’incapacité et la paresse constituent la seconde paire ; elles sont des causes de souffrance parce qu’elles entraînent la privation d’un bien convoité. L’incapacité dénote l’absence de pouvoir, la paresse l’absence de volonté. L’âme souffre donc de cette privation à la mesure de son attachement à ce bien et du plaisir qu’elle en aurait retiré.
La lâcheté et l’avarice forment la troisième paire, car toutes deux empêchent d’employer son corps et ses biens au service du bien. Elles figurent parmi les causes de la souffrance : le lâche se prive de grandes joies et délices qui ne s’obtiennent que par le courage et le don de soi, et l’avarice l’en empêche tout autant. Ces deux traits comptent ainsi parmi les plus importantes sources de tourment.