De même, lorsqu’il s’agit d’exprimer l’amour que l’on Lui porte, la crainte révérencielle qu’Il inspire, la vénération et l’appréhension de Sa majesté, le langage demeure impuissant : on ne les saisit qu’en les vivant, non par de simples mots ou récits. Décris, si tu veux, le plaisir de l’union charnelle à un homme impuissant auquel aucun désir n’a jamais été accordé ; quels que soient les rapprochements ou les comparaisons que tu emploieras, la réalité de ce plaisir ne prendra jamais place dans son cœur. Mais si tu le décris à quelqu’un chez qui le désir a été créé et implanté, il le reconnaîtra aussitôt par l’expérience et par le goût.
Quant à la forme originelle de ce verbe, c’est « aʿūdh » (j’implore refuge), avec l’ʿayn muette et la wāw vocalisée en ḍamma. Puis il a été « affaibli » (iʿlāl) : la voyelle de la wāw a été transférée sur l’ʿayn, et la wāw a été rendue muette. On dit donc : aʿūdhu, conformément à la règle de ce gabarit, et l’altération a été généralisée. Ainsi, pour le participe actif on dit ʿāʾidh, dont la forme première était ʿāwidh ; la wāw, tombant après l’alif du gabarit fāʿil, a été changée en hamza, comme dans qāʾim et khāʾif. Pour le maṣdar, on dit ʿiyādh bi-llāh ; la forme primitive en était ʿuwādh, à l’instar de lawdh : la wāw a été changée en yāʾ sous l’effet de la kasra qui la précède, sa propre voyelle n’ayant pu la protéger, affaiblie qu’elle était par l’altération. De même, on dit : mustaʿīdh ; la forme première est mustaʿawidh, comme mustakhraj : la kasra de la wāw a été déplacée sur l’ʿayn précédente; l’ʿayn, ainsi pourvue d’une kasra, a entraîné la consonne qui la précède, laquelle s’est muée en yāʾ selon la règle.
Si tu demandes : « Pourquoi les lettres sīn et tāʾ apparaissent-elles dans l’impératif de ce verbe – ainsi qu’Allah le Très-Haut dit : 16 : 98 “Fa-staʿidh bi-llāhi mina sh-shayṭāni r-rajīm” –, alors qu’elles n’apparaissent pas dans le passé ni dans le présent ; on dit en effet le plus souvent : aʿūdhu bi-llāh et taʿawwadh-tu, plutôt que astaʿīdh ou istaʿadh-tu ? » – je réponds : le sīn et le tāʾ indiquent la demande. Dire : « astaʿīdh bi-llāh » signifie : « je demande à être mis sous Son refuge », tout comme « astakhīru-llāh » veut dire : « je sollicite Son meilleur choix »; « astaghfiru-hu » : « je Lui demande pardon »; ou « astaqīlu-hu » : « je Lui demande de me relever de ma faute ». Le préfixe est donc introduit pour signaler que l’on sollicite ce sens auprès de Celui dont on implore la sauvegarde. Lorsque l’interpellé répond : « aʿūdhu bi-llāh », il s’est conformé à ce qu’on lui avait demandé, car on l’avait invité à se réfugier et à s’agripper. Or il y a différence entre le fait même de se cramponner à un refuge et le fait d’en solliciter la possibilité. Puisque celui qui cherche refuge est un fugitif, se mettant à l’abri et s’attachant fermement