Dans le hadith, il est rapporté que, lorsque la fille d’al-Jawn fut introduite auprès du Prophète ﷺ et qu’il posa sa main sur elle, elle s’écria : « Je cherche protection auprès d’Allah contre toi. » Il lui répondit : « Tu viens de t’abriter auprès d’un Refuge ; retourne donc auprès des tiens. »
Le terme « aʿûdhu » signifie : je me refugie, je m’abrite, je me prémunis.
Quant à son étymologie, deux explications sont avancées :
- il proviendrait de l’idée de voile ou de couverture ;
- il dériverait de l’idée de voisinage étroit et permanent.
Selon la première opinion, les Arabes appellent ʿawwadh – avec ʿayn vocalisée en ḍamma et wāw redoublée – la maisonnette bâtie au pied d’un arbre dont le feuillage lui sert d’abri. Celui qui s’y installe s’est, en quelque sorte, réfugié sous l’arbre et s’est dissimulé dans son ombre ; de la même manière, celui qui demande protection se cache de son ennemi auprès de Celui dont il implore la sauvegarde.
Pour la seconde opinion, les Arabes emploient également le mot ʿawwadh pour désigner la chair qui adhère tellement à l’os qu’il est impossible de la détacher ; elle s’y cramponne et s’y maintient. Ainsi, la personne qui cherche refuge s’accroche fermement à son Protecteur, s’appuie sur Lui et ne Le quitte plus.
Ces deux explications sont justes, et l’istiʿâdha les englobe toutes deux : le solliciteur de refuge se cache derrière son Protecteur tout en s’y cramponnant. Son cœur s’y attache comme l’enfant à son père lorsqu’un ennemi brandit l’épée contre lui ; l’enfant s’enfuit, croise son père sur sa route, se jette sur lui et s’y agrippe de toutes ses forces. De même, celui qui implore la protection a fui l’ennemi qui veut sa perte ; il se tourne vers son Seigneur et Maître, se précipite vers Lui, se jette devant Lui, s’en remet à Lui et se met entièrement sous Sa garde.
Cela dit, la réalité de l’istiʿâdha qui s’établit dans le cœur du croyant dépasse ces formulations. Les mots ne sont qu’illustrations, signes et tentatives de clarification ; car ce qui envahit alors le cœur en termes de refuge, de confiance absolue, d’abandon entre les mains du Seigneur, de besoin impérieux et d’humilité profonde est une chose qu’aucun langage ne peut cerner totalement.