et Son lot ; or, au début de la sourate, c’est ce qui Lui est propre qui a été placé avant ce qui leur appartient.
Voilà l’un des secrets du discours et la merveille de l’éloquence – chose que seuls les maîtres consommés de la rhétorique saisissent. En effet, la sourate pose le désaveu réciproque et le partage des deux religions, l’unicité (tawḥîd) et l’association (shirk), entre lui et eux, chacun se déclarant satisfait de sa part. Or, c’est le détenteur du droit qui fixe ce partage : il a mis en pleine lumière les deux lots, les a différenciés, et l’on constate qu’ils se contentent de leur lot mesquin, le plus vil qui se puisse concevoir, tandis que lui s’est assuré la part la plus noble et le plus grand des biens. C’est l’image de deux hommes se répartissant poison et remède ; l’un accepte le poison, et l’autre lui dit : « Ne mêle pas ta part à la mienne, et je ne mêlerai pas la mienne à la tienne ; à toi ta part, à moi la mienne. »
Ainsi, faire précéder ici la mention de leur part est plus pertinent et plus éloquent ; c’est comme s’Il leur disait : « Voici ta part, celle que tu as voulue en tête de liste, que tu prétends être la plus noble des deux et la plus digne d’être avancée. » Cette antéposition recèle une ironie mordante, met en évidence la mauvaise option qu’ils ont choisie et la laideur de ce qu’ils se sont agréé, avec une force d’expression qu’on ne trouverait pas si Sa propre part avait été citée la première. Le goût littéraire est seul juge en l’affaire ; l’esprit subtil se contente d’un clin d’œil, mais, pour l’épais d’entendement, l’abondance d’explications reste sans effet.
Deuxième explication : le but essentiel de la sourate est la déclaration du Messager ﷺ de son désaveu à l’égard de leur religion et de leurs idoles ; c’en est le cœur et l’intention première. La mention de leur séparation d’avec sa religion et sa divinité vient dans un second temps, parachevant et confirmant ce désaveu. Puisque l’objectif était d’affirmer son désaveu de leur foi, la sourate s’ouvre par cette affirmation ; puis l’énoncé : « À vous votre religion » répond à la même idée : je ne m’associe pas à votre religion, je ne l’approuve en rien ; c’est une religion fausse, exclusivement vôtre, et jamais je ne vous y rejoindrai. La fin de la sourate correspond donc parfaitement à son début ; médite-le.
Onzièmement : l’annonce selon laquelle ils ont leur religion et lui la sienne constitue-t-elle une approbation – auquel cas elle serait abrogée – ou bien le verset ne contient-il ni abrogation ni restriction ?
Il s’agit là d’une question éminente, parmi les plus importantes mentionnées. Nombre de gens se sont mépris au sujet de cette sourate ; ils l’ont crue abrogée par le « verset du sabre », persuadés que ce verset impliquait une approbation