adore certes Allah, mais il adore en même temps d’autres divinités. C’est bien le sens des paroles des Gens de la Caverne : « Lorsque vous vous serez séparés d’eux et de ce qu’ils adorent, en dehors d’Allah… » (18 : 16) ; autrement dit : vous vous êtes écartés de leurs idoles — à l’exception d’Allah, car Lui, vous ne L’avez pas quitté. De même, les polythéistes disaient de leurs faux dieux : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah » (39 : 3). Ils rendaient donc un culte à d’autres en même temps qu’à Allah ; l’acte ne leur est donc pas nié, puisqu’il a bel et bien eu lieu, mais c’est la qualification qui leur est ôtée : quiconque rend un culte à autre qu’Allah n’est pas maintenu dans l’adoration d’Allah, ni décrit comme tel.
Médite cette merveilleuse subtilité : nul ne mérite d’être qualifié d’adorateur d’Allah, de Son serviteur fermement établi dans Son culte, sinon celui qui se voue entièrement à Lui, se détache de tout le reste, ne se tourne vers personne d’autre et ne Lui associe personne dans son adoration. S’il arrive à quelqu’un d’adorer Allah tout en Lui associant d’autres êtres, il n’est, en réalité, ni adorateur d’Allah ni Son serviteur.
Voilà l’un des secrets de cette sublime sourate, l’une des deux sourates de l’Ikhlâs, qui équivaut à un quart du Coran d’après certaines traditions. Cette vérité n’est pas à la portée de tous ; seuls la saisissent ceux à qui Allah accorde, de Sa part, une compréhension profonde. À Lui la louange et la grâce.
Cinquième question : pourquoi la négation, dans cette sourate, est-elle exprimée par la particule « lâ » et non par « lan » ? Il a été établi de près que la négation introduite par « lâ » est plus emphatique que celle introduite par « lan », qu’elle indique davantage la permanence et la durée de la négation, et que, par la longueur et l’allongement mêmes de son articulation, elle prolonge et renforce la négation. C’est le contraire de ce qu’ont cru les jahmites et les mu‘tazilites, qui prétendent que « lan » ne nie que l’avenir et non le présent appelé à se poursuivre. Cette question a déjà été traitée en détail d’une façon que tu ne trouveras guère ailleurs que dans ces notes ; il s’ensuit que l’emploi de « lâ » ici s’impose. Allah sait mieux.
Sixième question : cette sourate se caractérise par une négation pure. Tel est le propre de cette noble sourate : elle proclame la rupture avec toute forme de polythéisme, ainsi qu’il est dit dans sa description qu’elle est une déclaration d’innocence vis-à-vis du shirk. Son objectif majeur est justement cette dissociation nécessaire — tout en comportant, parallèlement, une affirmation explicite. Ainsi, lorsqu’Il dit : « Lâ… »