« Comment donc pourrions-nous lui parler ? »
Tel est précisément le sens qu’avaient entrevu certains exégètes et grammairiens lorsqu’ils ont expliqué que le verbe kana dans l’expression « kana nabiyyan » (« il était Prophète ») prend ici la valeur de yakûnu (« il sera »). Toutefois, ils ne l’ont pas abordé par la bonne porte ; ils ont jeté l’idée telle quelle, sans en dégager l’implicite ni en restituer la portée, et d’autres encore n’y ont rien compris, tant la nuance est subtile et délicate.
Certains en sont donc venus à dire que kana est superfétatoire.
L’opinion correcte est celle que je viens de t’exposer ; accepte-la gratuitement : tu en récolteras le profit, j’en assumerai la responsabilité. Dans le verset, le verbe régit bien la particule man, bien qu’il n’y ait pas de réponse explicite, et la valeur conditionnelle demeure ; il en va de même dans la parole : « wa-lâ anâ ‘âbidun mâ ‘abadtum ». Tout cela ressort clairement des propos des grands grammairiens, tels qu’al-Zajjâj et d’autres.
Une fois ce principe établi, la sagesse qui justifie l’emploi du passé dans : « wa-lâ anâ ‘âbidun mâ ‘abadtum » apparaît avec éclat, par opposition à : « wa-lâ antum ‘âbidûna mâ a‘budu », où mâ est trop éloigné de la nuance conditionnelle. Ainsi Allah signale l’infaillibilité de Son Prophète : jamais il n’aura d’autre divinité qu’Allah, ni ne sautera d’un culte à l’autre comme le font les mécréants.
Quatrième question : le refus exprimé à leur sujet ne vient que sous la forme du nom d’agent, tandis que, pour le Prophète, la négation apparaît tantôt sous la forme verbale, tantôt sous le nom d’agent.
La raison – Allah seul le sait – réside dans une sagesse admirable : il s’agissait de proclamer, de la manière la plus complète et à tout moment, son désaveu absolu des idoles qu’ils vénèrent. On commence donc par le verbe, qui marque l’événement et le renouvellement de l’acte, puis on répète la même négation à l’aide du nom d’agent pour préciser : « Tel n’est ni mon acte ni mon attribut. » Autrement dit : le culte d’autre qu’Allah ne saurait être, pour moi, ni action ni qualité. Il y a donc deux négations, visant chacune un aspect qu’il convenait d’écarter.
Quant à eux, seule la forme nominale, porteuse d’un sens d’état et de permanence, est employée : l’attribut constant qui revient à Allah – L’adorer exclusivement – vous est refusé. Il n’appartient qu’à celui qui réserve son adoration à Allah seul, sans rien Lui associer. Vous, qui avez servi d’autres divinités, vous ne comptez pas parmi Ses adorateurs, même si vous L’adorez quelquefois, car le polythéiste