qui ont été avancées chacune dans son contexte ; rapporte-toi donc à elles.
Troisième question : pourquoi les verbes sont-ils répétés au futur quand le Prophète – paix et bénédiction sur lui – parle de lui-même, et au passé quand il parle d’eux ?
Il y a là un secret : l’expression suggère qu’Allah préserve Son Prophète de tout égarement et de toute inclinaison à délaisser l’adoration qu’il voue à son Seigneur pour la remplacer par une autre. Son Unique Maître, maintenant comme plus tard, est un et indivisible ; jamais il n’acceptera de l’échanger ni ne cherchera à s’en détourner. Les mécréants, quant à eux, adorent leurs passions, suivent leurs appétits et leurs objectifs religieux ; ils sont capables de sacrifier aujourd’hui à une divinité et demain à une autre. D’où la parole : « Je n’adore pas ce que vous adorez », c’est-à-dire maintenant, et : « Vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore », c’est-à-dire également pour le présent.
Il ajoute ensuite : « Et moi, je ne serai jamais adorateur de ce que vous avez adoré », autrement dit : à l’avenir, il ne se rendra jamais coupable d’un culte voué à ce que vous, mécréants, avez servi. Le pronom relatif ma revêt ici une nuance conditionnelle ; c’est pourquoi le verbe qui le suit vient au passé alors que le sens vise l’avenir, comme après une particule de condition : « Quoi que vous adoriez, moi, je ne l’adorerai pas. »
Objection : comment y aurait-il condition, alors que le verbe gouverne déjà ma, qu’il n’existe pas de réponse formelle et que ma n’est qu’un relatif ? Où donc serait la condition ?
Réponse : nous n’avons pas dit que ma est à proprement parler une particule conditionnelle, mais qu’elle en dégage un parfum, un reflet, parce qu’elle vise un objet de culte indéterminé, vague et général. Si tu goûtes le sens de cette tournure, tu sentiras la notion de condition affleurer. Lorsque tu dis à quelqu’un – dont tu contredis tout ce qu’il fait – : « Je ne fais pas ce que tu fais », ne perçois-tu pas cette nuance conditionnelle au cœur même de tes propos, comme si tu disais : « Quoi que tu fasses, je ne le ferai pas » ?
Contemple encore cet exemple de la parole divine : « Ils dirent : “Comment pourrions-nous parler à celui qui était dans le berceau un nourrisson ?” » (Coran 19 : 29). N’y décèles-tu pas, là aussi, un arrière-goût de condition, au point que le verbe placé après man est venu au passé alors que l’intention porte sur l’avenir, comme si le sens était : « Celui qui se trouverait dans le berceau, encore enfant… » ?